Football : au Cameroun, Samuel Eto’o en proie aux critiques

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Le président de la fecafoot, Samuel Eto'o (au centre, avec la casquette), lors d’un match à Soweto, en Afrique du Sud, le 28 mars 2023.

« Opopo doit monter en première division. Ça, c’est notre objectif », ces mots, issus de plusieurs enregistrements diffusés sur les réseaux sociaux, font polémique au Cameroun. Et pour cause : l’une des voix est supposée être celle de Samuel Eto’o, l’ex-super star du football national, devenu en décembre 2021 président de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot). L’autre est attribuée à son ami Valentine Nkwain, président du Victoria United, un club de deuxième division aussi appelé « Opopo ».

« Je suis fatigué. Tu m’as dit à Douala que tu vas m’envoyer les arbitres », se plaint ce dernier, regrettant que son équipe perde des matchs. La voix prêtée à Samuel Eto’o promet quant à elle un coup de pouce : « Je vais radier cet arbitre. Je vais convoquer le président des arbitres. » Depuis cette conversation, supposément datée de janvier, Opopo a enchaîné les succès, obtenant sa place en première division. De quoi faire peser des soupçons de corruption.

Contacté par Le Monde, Stéphane Foko Kamga, président de la commission centrale des arbitres de la Fecafoot, n’a pas donné suite. Le porte-parole de Samuel Eto’o n’a pas non plus souhaité s’exprimer et renvoie à un communiqué de Valentine Nkwain publié le 20 juillet, dans lequel il dément les faits. « Je ne reconnais pas ces audios, assure M. Nkwain, joint par téléphone. Je ne sais pas pourquoi tout ce sabotage est en train d’arriver. Je ne reconnais pas avoir eu cette conversation avec le président de la Fecafoot. Je vais porter cette affaire au tribunal. » Selon lui, si Samuel Eto’o est la cible de critiques, c’est parce qu’« il est vraiment en train de changer le football camerounais ».

La gouvernance de l’ancien attaquant fait régulièrement polémique. Des plaintes ont été déposées au Tribunal arbitral du sport, à Lausanne, et au Tribunal de grande instance du Mfoundi, à Yaoundé, pour contester des décisions prises par la Fecafoot. Des lettres ont été adressées à la Fédération internationale de football (FIFA), notamment pour dénoncer le fait que Samuel Eto’o soit ambassadeur d’une société de paris sportifs.

Corruption, matchs truqués, mauvaise gestion…

Et la tension est encore montée d’un cran avec la suspension de Henry Njalla Quan, en juillet, de toute activité liée au football pendant dix ans. La Fecafoot reproche à son vice-président déchu « des agissements contraires aux prescriptions des statuts » de l’institution.

Mais pour Henry Njalla Quan, ses déboires sont liés à sa volonté de s’intéresser aux contrats de sponsoring de la fédération. Dans une lettre adressée en juin à Samuel Eto’o, il dit lui avoir fait part de son « analyse personnelle du football camerounais, un an et six mois après le début de notre mandat », et avoir dressé un sombre diagnostic de la situation : corruption, matchs truqués, suspensions injustifiées, mauvaise gestion financière et administrative, violence dans les stades, mauvaise performance des équipes nationales…

« A cause de cette lettre, on a sanctionné mon club, qui jouait les demi-finales de la ligue régionale du Sud-Ouest. L’arbitrage a été utilisé comme arme pour résoudre le conflit. Plus de 40 de nos actions ont été sifflées hors jeu », assure-t-il. Henry Njalla Quan affirme avoir fourni « au gouvernement, à la CAF [Confédération africaine de football], à la FIFA et à la Fecafoot » toutes les preuves qui montrent que « c’est le président de la Fecafoot qui a donné les ordres pour que [son] équipe perde le match ».

« La situation du football camerounais est catastrophique. Nous avons soutenu Samuel Eto’o, mais il nous a déçus », soupire l’un des plus célèbres présidents de club du pays, qui exige l’anonymat. Pour lui, si l’ancien Lion indomptable demeure « une icône à préserver, avec une valeur ajoutée indiscutable », sa gestion « solitaire » du football « vire au cauchemar ». Dans son pays où il fut idolâtré, son image est en tout cas écornée.

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