Elise Mekkaoui, l’intelligence artificielle pour dépister l’endométriose : « J’étais plus attirée par le sens de mon travail que par le profit »

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Elise Mekkaoui, devant la sculpture de l’artiste Urs Fischer, sur le parvis Alan-Turing, où se situe Station F, à Paris, le 29 mars 2024.

Dans son bureau du boulevard Raspail, à Paris, au sein de l’incubateur Agoranov, où elle est installée avec ses associés depuis six mois, Elise Mekkaoui, 26 ans, peine encore à réaliser la nouvelle : elle fait partie des treize femmes entrepreneuses sélectionnées par Station F, immense campus de start-up créé par Xavier Niel (également actionnaire à titre individuel du Monde), pour bénéficier d’un programme d’accompagnement en 2024.

Utiliser l’intelligence artificielle pour favoriser le diagnostic de l’endométriose, c’est l’idée avec laquelle la fondatrice de Matricis.ai a convaincu le jury, qui souhaite valoriser les femmes dans l’univers très masculin de la tech. Son projet est ambitieux, tant les connaissances sur cette maladie sont encore minces : « Aujourd’hui, la complexité de l’analyse d’images sur IRM rend le diagnostic de l’endométriose difficile. Nous voulons le rendre plus rapide et fiable pour accélérer la prise en charge. C’est d’autant plus important qu’outre les douleurs qu’elle cause l’endométriose est responsable de nombreux cas d’infertilité », explique Elise Mekkaoui.

La jeune femme connaît son sujet sur le bout des doigts. Elle s’exprime avec assurance, utilise le jargon friand d’anglicismes propre aux start-up. « J’ai tout appris sur le tas », précise-t-elle en riant. Car Elise Mekkaoui n’est pas issue du monde de l’entrepreneuriat. Elle n’est pas non plus médecin, ni data scientist (ingénieur qui analyse les données), même si sa passion pour les mathématiques l’a poussée à tenter les écoles d’ingénieurs après sa prépa MPSI au lycée Saint-Louis, à Paris, lorsqu’elle avait 20 ans.

Agir selon ses valeurs

Elle rate alors les concours mais sa déception a fini par se transformer en tremplin : elle intègre une grande école de commerce, l’Edhec, et poursuit en double master data analyse avec l’université de Maastricht. « L’échec, je l’ai déjà expérimenté, alors je n’en ai plus peur. » Longtemps, Elise Mekkaoui a envisagé de mettre ses compétences au service de l’Etat, choisissant ses stages en conseil public ou à l’inspection générale des finances, où elle soutenait des entreprises à faible impact écologique : « J’étais plus attirée par le sens de mon travail que par le profit. » Si aujourd’hui elle nuance ses propos, elle conserve la volonté d’agir selon ses valeurs, qu’elle qualifie de « très à gauche ».

Un engagement qui lui vient de ses parents, tous les deux investis dans le service public : Elise Mekkaoui naît en 1997 d’une mère professeure de français et d’un père directeur technique d’hôpital. Elle grandit à Meaux (Seine-et-Marne), à 55 kilomètres de la capitale. Adolescente, comme beaucoup de jeunes de la grande couronne, Elise Mekkaoui rêve de vivre à Paris. Brillante élève, la jeune fille comprend rapidement qu’elle gagnera sa liberté par la sagesse : « Même au collège, je ne faisais pas de bêtises », se remémore-t-elle. Pour autant, loin d’obéir sans réfléchir, elle s’interroge dès le plus jeune âge sur les inégalités, ne supporte pas les traitements de faveur et boycotte même les goûters réservés aux meilleurs élèves qu’organisait à l’époque la responsable de son collège. Elise Mekkaoui rit en racontant cette anecdote, la trouve un peu ridicule, mais sait que sa conscience politique s’éveillait dans cette première tentative d’insurrection.

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