Le marlin rayé brille avant d’attaquer les bancs de poissons

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Un marlin rayé (« Tetrapturus audax ») chasse un banc de sardines, dans la baie de Magdalena (Mexique), en novembre 2019.

Pour les amoureux de pêche sportive, le marlin des mers est une proie de rêve. Cette bête de muscles, pouvant atteindre 4 mètres de long et 220 kg, fait courir les amateurs du monde entier vers le Pacifique, où des tournois homériques ont lieu chaque année. Il faut dire qu’avec ses pointes à 110 kilomètres-heure, une endurance rare et un rostre en forme d’épée, l’animal offre du fil à retordre à ses prédateurs humains. Vous êtes horrifié ? Sachez juste que les organisateurs jurent que leurs prises sont systématiquement remises à la mer.

Une proie, donc, mais aussi un prédateur. Et même un prédateur supérieur, perché au sommet de la chaîne alimentaire marine. Au large du Mexique, de l’Australie ou dans les mers qui entourent Hawaï, thons, pieuvres, maquereaux et sardines en font les frais. Les assauts du marlin y sont d’autant plus redoutables que l’animal chasse en meute. Autour des bancs de sardines, des groupes atteignant jusqu’à trente individus s’organisent.

Selon quelles règles, suivant quelles trajectoires, avec quelle efficacité ? C’est ce qu’une équipe de chercheurs allemands et britanniques étudie depuis plusieurs années sur la côte de la Basse-Californie, au Mexique. Une mission presque impossible sur l’eau, tant les mouvements des proies comme des prédateurs sont rapides. Alors les biologistes ont eu recours à un outil de choix, encore peu utilisé dans la recherche marine : les drones. Ainsi est apparu ce qu’Alicia Burns, postdoctorante à l’université Humboldt, à Berlin, appelle « le bonus ». Une découverte aussi inattendue que spectaculaire, qui fait l’objet d’une publication dans la revue Current Biology du 26 février.

Un « indicateur de motivation »

Lors de ces assauts successifs, qui voient les poissons attaquer à tour de rôle, l’assaillant principal « change brutalement de couleur », précise l’article. En quelques secondes, les rayures claires, auxquelles l’espèce doit son nom, et ses nageoires se mettent soudain à briller. L’opération dure une vingtaine de secondes. L’animal fond alors sur ses proies, en attrape une ou davantage. Puis il « éteint la lumière » en s’éloignant. Au suivant.

Pour Alicia Burns, « il est probable qu’il s’agisse d’un signal donné aux autres marlins ». Un « indicateur de motivation » qui permet d’éviter des collisions entre congénères. Il est vrai qu’à de telles vitesses et avec de telles armes, le choc peut avoir des conséquences gravissimes. Autre explication, les rayures lumineuses pourraient perturber le comportement collectif des sardines. « Lorsqu’un marlin attaque une sardine solitaire, il ne change pas de couleur », souligne Alicia Burns. A moins que les rayures lumineuses ne puissent offrir simultanément les deux fonctions.

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