Le staphylocoque doré gratte avant d’entrer

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Ce n’est qu’un picotement… A peine sensible au début, une démangeaison cutanée peut toutefois devenir obsédante. Avec elle monte une envie irrépressible : celle de se gratter pour apaiser temporairement la sensation désagréable.

Qu’elle soit provoquée par une piqûre d’insecte, par une inflammation locale ou par l’exposition à un produit irritant, la sensation de démangeaison est due à la stimulation de neurones sensoriels spécifiques dont les extrémités sont situées dans les couches supérieures de l’épiderme : les pruricepteurs. Les résultats d’une étude publiée dans la revue Cell le 22 novembre viennent compléter la compréhension des causes de la démangeaison, en montrant qu’elle peut être directement induite par le staphylocoque doré, agaçant la peau comme on frapperait avec insistance à une porte pour qu’on nous laisse entrer.

Lors de l’infection par cette bactérie, causes et conséquences de la démangeaison sont toutefois difficiles à démêler : est-elle due à la présence du pathogène lui-même ? A des composés qu’il produit ? Ou bien à la réaction inflammatoire que sa présence déclenche ? Les lésions observées sont-elles dues à l’infection, ou auto-infligées en se grattant ? Des effets d’autant plus délicats à dissocier que le fait de se gratter peut favoriser la progression de l’infection dans les tissus.

Les conséquences néfastes du grattage

Pour distinguer ces différents paramètres, les chercheurs ont étudié finement les blessures ainsi que les changements de comportement de souris dont la peau était exposée au pathogène, soit par application cutanée, soit dans les couches plus profondes de l’épiderme. Les rongeurs montrent alors des réactions très différentes, suggérant un rôle spécifique des pruricepteurs en surface de la peau : alors que l’application cutanée déclenche uniquement les réactions caractéristiques de la démangeaison, l’infection profonde entraîne surtout des comportements de réponse à la douleur. Prises de démangeaisons, les souris se grattent et s’endommagent la peau par griffures, de façon bien plus grave que les plaies causées par l’infection seule si on les empêche de se gratter au moyen de bandages.

Pour déterminer la source d’activation des pruricepteurs, les chercheurs ont ensuite reproduit l’expérience, soit avec des souris génétiquement modifiées auxquelles il manque des mécanismes-clés de la réponse immunitaire ou inflammatoire, soit avec des staphylocoques mutés, incapables de produire certaines toxines. Les souris modifiées souffraient toujours de démangeaisons, ce qui implique que ni l’inflammation ni l’immunité n’étaient ici en cause. En revanche, une toxine sécrétée par les bactéries s’est avérée responsable de l’irritation : la protéase V8. L’injection intradermique de cette toxine, indolore, suffit d’ailleurs à causer la démangeaison en l’absence d’infection.

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