Anne L’Huillier, Prix Nobel de physique : « J’ai toujours fonctionné à l’intuition »

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Anne L’Huillier, cinquième femme Prix Nobel de physique depuis 1901, partage sa récompense avec le Français Pierre Agostini et l’Austro-Hongrois Ferenc Krausz pour ses découvertes sur les lasers ultrarapides. Professeure à l’université de Lund, en Suède, celle qui est surnommée la « paparazza de l’infiniment petit » a toujours eu pour moteur la curiosité et « l’envie de creuser », entre théorie et expérience.

Je ne serais pas arrivée là si…

… Si, en juillet 1969, ma grand-mère ne m’avait pas réveillée pour voir le premier homme marcher sur la Lune. J’avais 10 ans. J’étais en vacances au Pays basque, chez mon oncle et ma tante. La veille, il y avait eu une discussion serrée entre les adultes. Mon oncle et ma tante trouvaient que mes cousins et moi étions trop petits pour qu’on perturbe notre nuit. Mais ma grand-mère a été catégorique : « Avec le grand-père qu’ils ont eu, on doit les réveiller ! »

Et il est vrai que j’ai été très inspirée par mon grand-père, Lucien Chrétien, ingénieur, enseignant, spécialiste de radioélectricité. Il avait fait partie de la Résistance pendant la guerre, dans les liaisons radio. Il est mort quand j’avais 4 ans, mais ses livres trônaient dans la bibliothèque de notre maison. Il était très présent. L’argument de ma grand-mère l’a emporté.

Cela vous a-t-il donné envie de devenir astronaute ?

Non, pas du tout. J’aurais eu trop peur d’aller dans l’espace. Le pouvoir de la science mis au service de l’humanité m’a, en revanche, vraiment impressionnée. L’idée des maths et de la physique était sans doute déjà là, mais cet événement a assuré ma détermination.

Les sciences étaient-elles omniprésentes, à la maison ?

Pas vraiment. Mon père était ingénieur en informatique, la discipline faisait ses premiers pas. Mais la place des sciences n’était pas centrale. La musique l’était tout autant, comme le sport. J’ai fait beaucoup de ski, de natation, de tennis. A un moment, j’ai même hésité entre devenir prof de gym et prof de maths. Les maths m’amusaient vraiment. Je n’avais pas une grosse tête, je ne l’ai toujours pas, mais je voulais voir jusqu’où je pouvais aller. J’avais une passion d’apprendre, je n’avais pas envie d’arrêter.

Vous suivez la voie royale : classes préparatoires, Ecole normale supérieure (ENS), agrégation de mathématiques. Pourquoi basculez-vous vers la physique ?

J’ai vite compris que je ne pourrais pas aller très loin en mathématiques, que je n’étais pas assez forte. J’ai été classée 49e à l’agrégation, sur quelque 80 admis cette année-là.

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