Alzheimer, Parkinson : la recherche sur les agents pathogènes ressemblant aux prions sera mieux encadrée

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A gauche, la représentation d’une protéine prion  humaine dans sa configuration normale. A droite, sa forme altérée, à l’origine de maladies.

Les maladies à prions, celle dite « de la vache folle » chez les bovins, appelée Creutzfeldt-Jakob (MCJ) chez l’humain, par exemple, résultent du mauvais repliement d’une protéine dont la nouvelle conformation se propage par effet domino à ses proches, au point de former dans le système nerveux central des agrégats mortels. Il se trouve que d’autres maladies neurodégénératives, telles que celles d’Alzheimer et de Parkinson, sont aussi caractérisées par la formation d’agrégats de protéines ou de chaînes d’acides aminés plus petites, des peptides. Si bien que l’on en est venu à qualifier ces molécules de « prion-like » (« semblables au prion ») et à s’interroger sur les dangers liés à leur manipulation en laboratoire, sans pour autant que celle-ci soit particulièrement encadrée.

Cette lacune vient d’être comblée, avec un avis récemment mis en ligne par le Comité d’expertise des utilisations confinées d’OGM (Ceuco), qui instruit pour le ministère de la recherche les demandes d’utilisation en laboratoire d’organismes génétiquement modifiés. « En juin 2022, une unité de l’Inserm nous a demandé un agrément pour manipuler de l’alpha-synucléine, dont le mauvais repliement induit des fibrilles impliquées dans la pathogenèse de la maladie de Parkinson », affirme le médecin et biologiste Jean-Christophe Pagès (Inserm, université et CHU de Toulouse), président du Ceuco.

La direction générale de la recherche et de l’innovation du ministère de la recherche a souhaité rendre un avis plus général sur les précautions à prendre avec les prion-like, dans un contexte particulier : un moratoire sur les recherches liées aux prions a été décidé en juillet 2021 et reste partiellement appliqué, après le décès de deux techniciennes de laboratoire de l’Inrae de la MCJ, lié à des contaminations accidentelles lors de manipulations de prions.

Lire à ce sujet l’article principal de notre dossier sur les prions : Article réservé à nos abonnés Maladies à prions : après le décès de plusieurs chercheurs, la sécurité des laboratoires en question

« Les prion-like ont des propriétés proches, mais pas identiques à celles des prions. Ainsi, aucune donnée épidémiologique n’indique leur transmissibilité, rappelle Jean-Christophe Pagès. En revanche, lors d’expérimentations animales en laboratoire, on peut observer les mêmes types d’agrégats. L’enjeu est donc que les chercheurs les manipulent dans des conditions qui les protègent. » Le groupe d’experts français réunis par le Ceuco a classé les prion-like selon leur degré prouvé ou supposé de dangerosité et préconisé des mesures de confinement pour chacun.

Désormais, les vecteurs viraux à tropisme humain destinés à faire s’exprimer des prion-like dans des modèles animaux ou cellulaires devraient ainsi être produits en laboratoire de catégorie 3, le niveau minimal étant L1 et maximal L4, et non plus « autoproduits » par les chercheurs qui souhaitaient travailler en L2. L’avis évoque aussi un certain nombre de précautions à instaurer dans la manipulation des animaux, des échantillons, pour prévenir les coupures et les piqûres, etc.

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