Dans les ateliers de poterie de Pistillus, entrepreneur gallo-romain à Autun

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A gauche, un exemplaire de statuette de Vénus se pinçant le sein. A droite, un recto du demi-moule signé « Pistillus ». Ces deux artéfacts ont été découverts lors de fouilles à Autun (Saône-et-Loire), en juin 2010.

Ce n’est pas insulter Autun que de qualifier cette commune de Saône-et-Loire de ville modeste, avec ses quelque 13 000 habitants. Ceux-ci, en revanche, nous en voudront si nous ne précisons pas que le nom d’Autun est une contraction de l’impériale Augustodunum.

Comme le rappelle Stéphane Alix, responsable d’opération à l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), c’est le premier empereur romain, Auguste, qui en ordonne la construction : « Augustodunum, c’est une ville phare de la Gaule du Nord, capitale du peuple des Eduens, qui est un vieil allié de Rome. Elle est mieux située que l’ancienne capitale, Bibracte, et cela devient un peu la ville témoin de ce que doit être une cité gallo-romaine : un quadrillage orthonormé strict, une muraille, un forum, des thermes, des temples… » Et une grande vitalité économique.

Parmi les « entrepreneurs » d’Augustodunum, on trouve un certain Pistillus, coroplathe de son état, nom qui désigne cet artisan qui fabrique des figurines en terre cuite. L’historien Camille Jullian (1859-1933) disait de Pistillus qu’il était passé « maître dans le genre familial, remplissant toute la Gaule de mères pouponnières, d’enfants au berceau, de lits domestiques, de chiens gardiens du foyer ». Ces statuettes blanches pouvaient également avoir une vocation religieuse, que ce soit dans un contexte funéraire ou en offrande aux dieux. Mais l’artisan crée aussi, dans un style assez fin et élégant, plutôt classique, des scènes érotiques.

« Les gens du peuple » pour clients

Pistillus était connu pour ses figurines, mais, en 2010, une fouille menée par l’Inrap à Autun, en préalable à la construction de logements sociaux, met au jour son atelier. « C’était une maison avec une cour intérieure que Pistillus va réaménager autour d’un four de potier » à la fin du IIsiècle, explique Stéphane Alix, qui a conduit la fouille. En plus de ce four, les archéologues exhument des moules, des statuettes, des ratés de cuisson.

Même si l’on n’a aucune idée du prix d’une figurine, il ne fait guère de doute pour Stéphane Alix que les clients de Pistillus « étaient des gens du peuple. Sa production n’était pas destinée à alimenter les hautes classes sociales, qui s’achetaient des statues en marbre ou en bronze ». Dans ce monde romain très cloisonné, Pistillus fait figure d’entrepreneur qui a réussi : ses productions sont largement diffusées, puisqu’on les retrouve en Allemagne, en Suisse, en Aquitaine, en Angleterre. Et il se développe : en 2017, de nouvelles fouilles au nord d’Autun ont révélé un second atelier du coroplathe, avec encore plus de vestiges que dans le premier.

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