Gabriel Attal et l’Ecole alsacienne : l’éruptif débat autour du parcours scolaire des ministres de l’éducation

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Gabriel Attal lors du conseil des ministres du 21 juillet 2023.

Peut-on être ministre de l’éducation nationale en ayant suivi sa scolarité dans l’enseignement privé sous contrat ? Et même, peut-on être ministre de l’éducation nationale et avoir ses enfants dans l’enseignement privé sous contrat ? Cette controverse resurgit désormais à chaque remaniement. La nomination de Gabriel Attal à la tête du ministère de l’éducation nationale n’était pas encore officielle, jeudi 20 juillet, que sa biographie était déjà scrutée de près. L’ancien ministre délégué chargé des comptes publics a fait toute sa scolarité au sein de l’Ecole alsacienne, l’établissement privé élitiste du 6arrondissement de Paris. Avant lui déjà, Pap Ndiaye avait dû affronter la polémique autour de la scolarisation de ses enfants dans ce même établissement.

« Que connaît-il à l’école publique ? », pouvait-on entendre dans la communauté éducative ou lire sur les réseaux sociaux des enseignants, à l’annonce du nouveau locataire de la Rue de Grenelle. Une question reprise par des élus et parlementaires de gauche comme de droite. Le sénateur (Les Républicains) Max Brisson (Pyrénées-Atlantiques) le raillait dans un tweet : « N’avoir jamais connu les bancs de l’école publique, faire toute sa scolarité à l’Ecole alsacienne… est désormais un critère pour devenir ministre de l’éducation nationale. » Une défiance d’autant plus grande que le parcours d’Emmanuel Macron, passé également par le privé, et celui de Brigitte Macron, professeure dans l’enseignement catholique, alimentent déjà les critiques sur la vision de l’école au sommet de l’Etat.

Gabriel Attal a coupé court à ces controverses dès la passation des pouvoirs dans la cour de l’hôtel de Rochechouart, jeudi en début de soirée. « Oui, j’ai été à l’école privée, je n’ai pas à renier ou à m’excuser pour ce choix qu’ont fait mes parents à l’époque, comme des millions de parents le font chaque année », a affirmé le ministre qui « ne croit pas que le combat doit être de critiquer les parents qui font ce choix ».

« Un révélateur » de la fabrique des élites

« Auparavant, nommer un ministre qui a fait au moins une partie de sa scolarité dans l’enseignement privé était rarissime et l’objet d’une conjoncture particulière », analyse l’historien de l’éducation Claude Lelièvre. « Entre 1958, date du début de la Ve République, et 2004, seuls deux ministres – Joseph Fontanet et Alain Savary – sur vingt et un ont eu ce parcours. Depuis 2005, c’est beaucoup plus fréquent : quatre des huit ministres de l’éducation – François Fillon, Gilles de Robien, Luc Chatel et Jean-Michel Blanquer – ont fréquenté un établissement privé lorsqu’ils étaient élèves, le plus souvent parmi les plus prestigieux », détaille l’universitaire. Claude Lelièvre y voit « un changement d’époque », où « ce qui était impossible n’est même plus un sujet dans la composition d’un gouvernement », « un révélateur » aussi de la fabrique des élites en France.

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