A l’Elysée, l’étrange garden-party des ministres en sursis

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La première ministre, Elisabeth Borne, et le président de la République, Emmanuel Macron, avant un dîner au Musée du Louvre, à Paris, le 14 juillet 2023.

Bandol frais et petits fours sont servis dans le jardin de l’Elysée. Ce mardi 18 juillet, les quarante-deux membres du gouvernement, ainsi que leurs conjoints ou conjointes, sont conviés au dîner qui se tient traditionnellement avant la pause estivale. Seul le ministre des armées, Sébastien Lecornu, en voyage au Kurdistan irakien, manque à l’appel. Un buffet est dressé dans l’herbe, un barbecue grésille, des tubes de variété résonnent dans l’air : La Java de Broadway, de Michel Sardou, L’Envie, de Johnny Hallyday, et Ex-fan des sixties, de Jane Birkin… Comme si de rien n’était.

Et pourtant, les tractations battent toujours leur plein en vue du remaniement gouvernemental annoncé la veille et qui tombera d’ici la fin de semaine. Après des mois de mise sous tension, les causeries et les sourires polis masquent la boule au ventre qui étreint plusieurs ministres, incertains d’être toujours à leur poste dans quelques heures. « Tout le monde est là, mais personne ne sait rien », constate le ministre de l’industrie, Roland Lescure, avant de s’éclipser vers l’Assemblée nationale.

Les ministres patientent, trois longs quarts d’heure, sur la pelouse. Tous savent qu’Emmanuel Macron et Elisabeth Borne s’entretiennent, au même moment, en tête-à-tête, pour statuer sur le sort de chacun d’eux et passer en revue les nominations encore en balance.

Entre le président de la République et la première ministre, les vues diffèrent sur l’ampleur de ce remaniement estival : le chef de l’Etat, qui promettait de redonner un « élan national », entend en faire un non-événement, tandis qu’Elisabeth Borne voudrait bouleverser plus largement le dispositif gouvernemental. Pour doucher les espoirs d’un changement d’ampleur, l’Elysée a fait savoir lundi, à travers un laconique message à la presse, que l’ancienne préfète demeurait à Matignon et allait procéder à de simples « ajustements ».

Depuis la Place Beauvau, Gérald Darmanin n’a eu qu’à traverser la rue, mardi soir, pour arriver parmi les premiers, accompagné de son épouse. Lui n’a pas attendu. A peine a-t-il pénétré la cour de l’Elysée que le ministre de l’intérieur est happé par les bras présidentiels. Emmanuel Macron veut s’entretenir seul avec lui. Le chef de l’Etat entend-il réconforter celui dont le nom revenait avec insistance, depuis des mois, pour être propulsé à Matignon ?

Macron : « Je veux tout le monde sur le pont cet été »

Autour de 21 heures, Emmanuel Macron et son épouse font enfin leur apparition sur le perron du jardin. « Nous sommes ravis avec Brigitte de vous accueillir », dit le président de la République au micro, avant de remercier les membres du gouvernement de leur travail… Et de minimiser l’épée de Damoclès suspendue au-dessus de leur tête. « Dans une vie antérieure, j’ai été à votre place, et je sais que ces moments ne sont jamais agréables. Il faut prendre beaucoup de distance », professe l’ancien ministre de l’économie de François Hollande. Puis, il projette : « Nous aurons beaucoup de réformes décisives à conduire à la rentrée. Les choses ne seront pas plus simples car la vie politique française ne se simplifiera pas. » Avant de haranguer : « Je veux tout le monde sur le pont cet été. » Tout le monde, vraiment ?

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