Salon de l’agriculture : après le refus de la FNSEA de participer au débat souhaité par Macron, l’Elysée concède une « erreur » et assure que Les Soulèvements de la Terre n’ont pas été « conviés »

0 Shares
0
0
0
Le Parc des expositions de la porte de Versailles, à Paris, le 22 février 2024, où se tiendra le Salon de l’agriculture à partir du 24 février.

Un grand débat qui vire au couac. Le président de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), Arnaud Rousseau, a annoncé vendredi 23 février au matin qu’il ne participerait pas au dialogue voulu par Emmanuel Macron avec le monde agricole au Salon de l’agriculture, le jour de son ouverture, samedi. En cause : l’invitation – depuis retirée – du collectif écologiste Les Soulèvements de la Terre.

A l’issue d’une réunion du conseil d’administration de la FNSEA, M. Rousseau a précisé dans l’après-midi qu’« aucun représentant » du syndicat n’y participerait. « Les conditions d’un dialogue plus apaisé ne sont pas réunies et la dignité des agriculteurs est bafouée par cette démarche qui porte le sceau de la provocation. Dans ce climat d’exaspération, et face aux risques de débordement, nous demandons à ne pas tenir ce débat », a-t-il déclaré.

Plus tôt dans la journée, dans un message publié sur X, l’Elysée a finalement affirmé que Les Soulèvements de la Terre n’avaient été « ni conviés ni contactés » et a concédé « une erreur » faite « lors de l’entretien avec la presse en amont de l’événement ». « Les invitations (…) concernent les agriculteurs, les syndicats agricoles, les industries agroalimentaires, les distributeurs et les associations environnementales représentées dans les instances. En complément, des contacts ont été pris avec des collectifs ayant par le passé perturbé le salon pour leur proposer une expression constructive dans le cadre de cet échange », a encore précisé la présidence.

L’invitation des Soulèvements de la Terre – dont le gouvernement voulait la dissolution il y a quelques mois – a provoqué la colère de M. Rousseau. « La politique, c’est autre chose que de la com ou du show. Et dans le moment où l’on est, [cette invitation] renvoie l’image aux agriculteurs que finalement rien n’a été compris de leurs problématiques », a-t-il estimé vendredi matin sur BFM-TV.

« Je ne serai pas l’acteur de quelque chose que je considère comme particulièrement cynique et qui ne permet pas le dialogue dans de bonnes conditions », a encore dit le président du syndicat agricole majoritaire. « Le président fera ce qu’il veut, je ne participerai pas à ce débat. »

Pourtant, le président de la FNSEA juge que « l’idée que les agriculteurs puissent exprimer leur colère au président de la République (…) pour qu’il entende les réalités de la colère profonde qui existent sur le terrain » est « importante ». L’invitation étendue aux Soulèvements de la Terre a plongé la FNSEA dans une « forte incompréhension », a affirmé M. Rousseau, qui affirme qu’« elle était répandue, y compris dans tout le gouvernement ».

Lire aussi l’enquête : Article réservé à nos abonnés Les Soulèvements de la Terre : aux racines idéologiques du mouvement

Avant la mise au point de l’Elysée, le ministre de l’agriculture, Marc Fesneau, s’était désolidarisé de cette invitation, la jugeant « inopportune compte tenu du contexte ». Les Soulèvements de la Terre constituent « un collectif dont le modèle d’expression est plutôt le cocktail Molotov », a-t-il affirmé dans la matinale de TF1. « Donc, on ne discute pas avec ces gens-là. »

Vendredi après-midi, un autre participant annoncé, Michel-Edouard Leclerc, a à son tour publiquement refusé d’être présent lors de ce débat. « Je ne participerai pas à ce que j’estime être une grossière manipulation », écrit le président du comité stratégique des centres E.Leclerc sur X, après avoir précisé ne pas avoir « reçu d’invitation du président de la République pour venir ».

« Supercherie »

Jeudi en fin d’après-midi, la présidence avait fait part de son intention d’organiser un grand échange entre le chef de l’Etat et « l’ensemble des acteurs du monde agricole », samedi, « pour esquisser l’avenir » de la filière. Mais l’organisation de ce débat calqué sur le modèle des grandes discussions mises en place pendant la crise des « gilets jaunes » a aussitôt été contrariée par le refus du président de la FNSEA – et de celui des Jeunes Agriculteurs – de voir participer Les Soulèvements de la Terre.

L’Elysée a dans un premier temps décidé de rétropédaler et a annoncé que le mouvement n’était plus invité « pour garantir la sérénité des débats ». « Arnaud Rousseau a fait pression pour ne pas se retrouver face à nous et Macron s’est couché », ont réagi vendredi matin Les Soulèvements de la Terre sur X, en ajoutant : « Qu’il soit rassuré : nous n’aurions pas participé à cette supercherie, mais merci pour le spectacle ! ».

Le Monde Guides d’achat

Gourdes réutilisables

Les meilleures gourdes pour remplacer les bouteilles jetables

Lire

Le débat est prévu pour durer au moins deux heures et était censé réunir les principaux responsables des syndicats agricoles (FNSEA, Jeunes agriculteurs, Coordination rurale, Confédération paysanne, etc.), mais aussi des représentants de la grande distribution et des industriels. Plusieurs responsables d’associations environnementales sont également invités, comme le Réseau Action Climat et Générations futures. « L’ensemble des acteurs pourront donner leur point de vue, faire des propositions, confronter des idées », a promis la présidence.

Les atermoiements autour de ce débat surviennent alors que les agriculteurs, en colère depuis plusieurs semaines, maintiennent la pression sur le gouvernement. Mercredi, M. Attal a récapitulé les dizaines d’engagements et chantiers déjà lancés pour répondre à la colère du monde agricole. De nouvelles mesures ont été annoncées sur les visas des saisonniers étrangers, les pesticides, avec l’abandon d’un indicateur controversé, et la rémunération.

Défilés de tracteurs

Ces déclarations n’empêchent pas plusieurs actions de protestation un peu partout en France. Deux défilés de tracteurs sont prévus pour vendredi à Paris. Le premier, organisé par la Coordination rurale, devait déboucher vers midi près des Invalides. Le second, emmené par la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, se terminera devant le Salon de l’agriculture en début de soirée, une veillée d’armes étant prévue avant l’ouverture des portes samedi.

Jeudi, une vingtaine d’actions ont eu lieu sur le territoire (blocages de plates-formes, bases logistiques, échangeurs autoroutiers, entre autres), dont un tiers étaient engagées depuis mercredi, selon une source policière. Des préfectures et sous-préfectures ont aussi été visées. D’après une source policière, des agriculteurs espagnols envisagent la semaine prochaine des blocages à la frontière avec la France, en espérant être rejoints par des agriculteurs français.

Bruxelles a encore présenté jeudi de nouvelles propositions pour alléger « la pression » sur les exploitations, qui assouplissent les règles sur les prairies, limitent le nombre de contrôles et accordent une certaine tolérance en cas de non-respect des règles de la politique agricole commune (PAC) pendant les épisodes climatiques extrêmes. Ces mesures, susceptibles d’être adoptées dès mars, seront examinées lundi par les ministres de l’agriculture des Vingt-Sept.

La FNSEA reconnaît que le salon se présente cette année « comme un temps éminemment politique ». Les agriculteurs sont « fortement mobilisés et à l’écoute des avancées qui leur seront présentées », affirme le syndicat dans un communiqué, mais l’organisation souhaite aussi que l’événement reste un « temps festif ».

Le Monde avec AFP


source

0 Shares
Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You May Also Like