Au Mexique, le boom du mezcal entraîne une déforestation et menace les agaves sauvages

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Sosima Olivera, membre d’un collectif qui gère une usine de mezcal, dans un champ d’agave espadin à Villa Sola de Vega, dans l’Etat d’Oaxaca, au Mexique, le 26 juillet 2022.

Sur les flancs des collines, dans des champs rocailleux, bien alignés et sans herbes folles, ils sont désormais légion dans la campagne mexicaine : les agaves, ces plantes succulentes majestueuses, originaires de Méso-Amérique, dont le fruit contient un nectar qui, fermenté puis distillé, devient de la tequila ou du mezcal, les deux alcools forts emblématiques du pays.

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Jusque dans les années 1990, il fallait grimper dans les bois ou arpenter les déserts pour les apercevoir. L’agave était sylvestre et poussait librement au milieu des arbres et des cactus. Les paysans en avaient toujours dans leurs champs, entre le maïs et les haricots, pour distiller dans des alambics rudimentaires le mezcal, qui s’offrait plus qu’il ne se vendait. Seule la région de Tequila, dans l’Etat du Jalisco, disposait déjà de monocultures intensives d’agaves pour produire la tequila, tant appréciée sur le marché américain.

Mais, depuis que le mezcal est tout autant recherché, le paysage des campagnes mexicaines est bouleversé. En 2022, le Mexique a en effet produit 14,5 millions de litres, exportés dans quatre-vingt-un pays, contre 1,4 million en 2014. Le nombre de producteurs est ainsi passé de 3 000 il y a dix ans à plus de 25 000 aujourd’hui. « Cette réussite commerciale a aveuglé les producteurs sur les dégâts écologiques de l’activité. Et la création d’une appellation d’origine contrôlée n’a rien changé : la surface comme l’extension territoriale n’ont fait qu’augmenter », explique José Blancas Vazquez, ethnobiologiste à l’université de Cuernavaca (Morelos).

En 1994, le Mexique crée cette appellation pour réguler la vente : à l’origine, celle-ci est limitée à cinq Etats, dont celui d’Oaxaca, toujours responsable de plus de 90 % de la production. Pour pouvoir apposer le mot « mezcal » sur leurs bouteilles, les Etats mexicains doivent simplement démontrer que la production est une tradition locale. « Ce n’est pas très difficile, le mezcal est produit dans toutes les campagnes du pays et depuis toujours », ajoute le professeur en ethnobiologie.

« Beaucoup plus rentable »

En quelques années, onze Etats obtiennent la dénomination, avant que le Conseil mexicain de réglementation de la qualité du mezcal (Comarca) ne plaide la dégradation de la qualité devant la justice et ne mette un frein à cette expansion. Sauf que l’absence de dénomination n’empêche nullement les plantations d’agave de proliférer. C’est le cas dans l’Etat du Morelos, au sud de la ville de Mexico, qui n’a toujours pas de dénomination, mais de plus en plus d’agaves.

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