En Algérie, la canicule suscite angoisse et prise de conscience

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A Alger, le 18 juillet 2023.

En cette matinée de juillet, le climat est de braise à Alger. Un jour de plus. Comme l’a annoncé l’Office national de météorologie (ONM), la capitale et d’autres wilayas (préfectures) du nord de l’Algérie subissent, lundi 24 juillet, une nouvelle journée caniculaire où les températures devaient dépasser les 48 °C.

Depuis le début du mois, le pays traverse une vague de chaleur sans précédent. Les bulletins météorologiques, plaçant toute une partie du territoire en vigilance orange ou rouge, ont mis les hôpitaux en état d’alerte. Sept décès ont été enregistrés à Alger, selon le professeur Rachid Belhadj, directeur des activités médicales et paramédicales à l’hôpital Mustapha-Pacha. « Nous sommes en train de mobiliser tous nos moyens, humains et matériels, pour faire face à cette situation particulière qui implique les intoxications alimentaires et la pollution », a-t-il expliqué, le 18 juillet, à la radio.

A Alger, l’exaspération et la fatigue se lisent sur les visages ruisselant de sueur. Ceux qui se retrouvent obligés d’affronter la chaleur se munissent de bouteilles d’eau, la tête souvent couverte d’un chapeau ou d’une casquette. « Je suis contrainte de sortir parce que je travaille. Mais mes parents, atteints tous les deux de maladies chroniques, ne sont pas sortis de la maison depuis plus d’une semaine », raconte Amina, une jeune femme croisée sur la place Maurice-Audin, dans le centre d’Alger.

Des agriculteurs peu informés

Pour affronter ce calvaire, les Algériens qui le peuvent ont comme première et souvent seule arme la climatisation. La Société nationale de l’électricité et du gaz (Sonelgaz) a ainsi annoncé, dimanche, un nouveau record de consommation électrique : 18 697 MW. Le précédent record datait du 20 juillet. En plus des victimes de la canicule, 15 décès et 36 blessés ont été enregistrés suite à des feux de forêt dans les wilayas de Béjaïa, Jijel et Bouira (est), selon un bilan provisoire du ministère de l’intérieur lundi. Plusieurs hectares de végétation épargnés par les feux de forêt des deux étés précédents ont été endommagés cette année.

Subissant la sécheresse depuis plusieurs années, les cultivateurs sont les premières victimes du réchauffement climatique. Le ministre de l’agriculture et du développement rural, Mohamed Abdelhafid Henni, a affirmé samedi que tous les agriculteurs touchés par la canicule seront indemnisés. Reconnaissant que « les rendements sont affectés par les changements climatiques », il a également exprimé la volonté de l’Etat de se réorienter « vers l’agriculture saharienne », assurant que 4 000 demandes d’investissements dans le sud ont déjà été enregistrées. Le Sahara occupe près de 80 % du territoire algérien.

Les agriculteurs sont peu informés sur le réchauffement climatique, regrette Karim. Ce trentenaire, employé dans une institution publique, entretient des terres familiales plantées d’oliviers et d’arbres fruitiers à Bouira, à une centaine de kilomètres d’Alger. Le temps passé auprès d’autres agriculteurs lui a fait constater leur ignorance, surtout chez les plus anciens, des changements climatiques, et la nécessité d’une meilleure sensibilisation aux enjeux environnementaux. « Non seulement les agriculteurs ne se sentent pas concernés par la crise climatique, mais ils sont aussi poussés à des pratiques plus néfastes pour la végétation, comme l’utilisation de produits chimiques afin d’atténuer les effets de la sécheresse et de la canicule. Il faut comprendre qu’un agriculteur est avant tout un commerçant qui pense à assurer sa marge bénéficiaire par tous les moyens », regrette-t-il.

Sensibilisation et encadrement

Pour Karim, l’Algérie dispose des atouts nécessaires pour s’adapter aux crises climatiques. Mais cette ambition, insiste-t-il, ne pourra se concrétiser sans une meilleure sensibilisation et un plus grand encadrement : « Les agriculteurs, qui sont pour la plupart âgés, doivent être avertis contre ce phénomène qui est là pour durer. Il faut un encadrement pour imposer les bonnes pratiques. Il faut tout encadrer, du rationnement d’eau en période de canicule et de sécheresse jusqu’à l’utilisation des produits chimiques. »

Feux de forêts, inondations, sécheresse… Les épisodes climatiques s’enchaînent et se répètent en Algérie. S’ils n’éveillent pas une conscience écologique sur le plan national, l’anxiété face à ce phénomène s’exprime plus fréquemment. Ecologiste déclaré, Nadeem, étudiant en biodiversité et en environnement à l’université d’Alger, voit d’ailleurs dans cette nouvelle vague de chaleur l’opportunité d’une meilleure sensibilisation aux changements climatiques.

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« Il est vrai que la conscience écologique chez les Algériens grandit d’année en année, principalement grâce aux actions associatives. Celles-ci restent néanmoins limitées. Seule une petite proportion de la population a conscience des enjeux environnementaux et climatiques, même si cela se limite souvent à ne pas jeter des ordures par terre », dit-il, conscient que le plus difficile sera de convaincre ses concitoyens que le réchauffement climatique ne résulte pas du destin, mais d’une irresponsabilité humaine à laquelle il s’agit de remédier au plus vite.

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