Gaza : mettre fin à une guerre sans vainqueur

0 Shares
0
0
0

Le 31 mai, le président des Etats-Unis a présenté une feuille de route pour sortir enfin du conflit ouvert, il y a huit mois, par les massacres de civils israéliens par le Hamas. Joe Biden a constaté l’évidence en assurant qu’« il est temps que la guerre s’arrête et que le jour d’après commence ». Une semaine s’est écoulée, pourtant, sans que les hostilités cessent. Leur terrifiante banalité a été illustrée, jeudi 6 juin, par le bombardement meurtrier d’une école des Nations unies accueillant des déplacés, suspectée par l’armée israélienne d’abriter « une base » du Hamas, ce qui vaut permis de tuer.

Lire aussi le récit | Article réservé à nos abonnés Dans le centre de Gaza, un abri de déplacés anéanti par une frappe israélienne

La diplomatie américaine a fait reposer la responsabilité de cet immobilisme sur la direction du mouvement islamiste, qui a effectivement évité de répondre. Alors que Washington a curieusement présenté cette feuille de route comme une proposition israélienne, la première réaction du premier ministre Benyamin Nétanyahou n’avait pas été plus engageante. Il avait ainsi jugé sa présentation « incomplète », et répété son intention « de continuer la guerre jusqu’à ce que ses objectifs soient atteints, y compris la destruction des capacités militaires et de gouvernement du Hamas ». Ses alliés d’extrême droite ont par ailleurs menacé de saborder la coalition qui l’a ramené au pouvoir en cas de réponse positive.

Ces tergiversations injustifiables sont le reflet d’une impasse politique, militaire et stratégique qui n’épargne aucun des protagonistes. L’armée israélienne a certes considérablement affaibli les capacités du Hamas, qui n’est certainement « plus capable d’organiser un nouveau 7 octobre » comme l’a estimé Joe Biden, mais elle n’a pas tenu sa promesse, irréaliste, de rayer l’ensemble du mouvement de la carte, et Benyamin Nétanyahou s’est montré incapable d’imaginer autre chose à Gaza qu’un chaos propice à sa résurgence. Le carnage perpétré sur place a en outre considérablement isolé Israël.

Le camp occidental discrédité

Si la milice islamiste avait espéré un embrasement régional en pariant sur l’« axe de la résistance » qui l’a placée dans l’orbite de l’Iran, elle a pu vérifier à ses dépens que cet axe n’a pour fonction que la défense des seuls intérêts de Téhéran. Discrédité par les massacres et les prises d’otages du 7 octobre, le Hamas doit rendre des comptes pour l’épreuve qu’il a imposée aux habitants de Gaza utilisés comme des boucliers humains, pour les milliers de Palestiniens tués par les bombardements israéliens comme pour les destructions massives dans un territoire fragilisé avant même le début de cette guerre par un blocus impitoyable.

Lire aussi le décryptage | Article réservé à nos abonnés Guerre Israël-Hamas : qui sont les cinq négociateurs de l’introuvable cessez-le-feu ?

En ne cessant jamais de soutenir militairement Israël malgré quelques toussotements et en refusant de se donner les moyens d’imposer ses vues, Joe Biden s’est également rangé parmi les perdants. Il a dilapidé le crédit moral des Etats-Unis comme celui du camp occidental dans son ensemble et compliqué encore plus une réélection qui s’annonçait déjà délicate en se coupant d’une partie de l’électorat démocrate outrée par son aveuglement.

Cette guerre de Gaza n’aura ainsi aucun vainqueur. Elle ne fait plus sens, en vérité, depuis bien longtemps. Les armes auraient dû se taire depuis des mois, et les otages israéliens encore vivants, que la force n’a pas permis de libérer, être rendus à leurs proches. Tous les moyens doivent être mis en œuvre et toutes les pressions envisagées, pour y parvenir enfin.

Le Monde

Réutiliser ce contenu

source

0 Shares
Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You May Also Like