« Pour la Bourse de Paris, se priver de TotalEnergies serait grave, et, politiquement, ce serait désastreux »

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Le ministre français de l’économie, Bruno le Maire, à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), le 2 mai 2024.

Décidément, les grands patrons français ne facilitent pas le travail, déjà compliqué, du ministre de l’économie. Le même jour, Bruno Le Maire a volé dans les plumes du patron de la SNCF, qui signe, selon lui, des accords sociaux trop avantageux, et sonné le tocsin face à la menace brandie par Patrick Pouyanné, le PDG de TotalEnergies, de déménager la cotation principale de son entreprise de Paris à New York.

Invoquant l’« intérêt suprême de la nation », le ministre a assuré, jeudi 2 mai, au micro de BFM-TV « être là pour faire en sorte que cela n’ait pas lieu, car c’est une décision grave ». Si tout cela était un coup de sonde de la part de Patrick Pouyanné pour jauger les réactions en France, il a sa réponse : politiquement, cela ne passe pas.

Ce n’est pas une surprise, mais les pétroliers européens ont besoin en ce moment de preuves d’amour, tant ils se sentent attaqués de toutes parts. C’est aussi le cas de l’autre grande major du Vieux Continent, l’anglo-néerlandaise Shell. Elle aussi étudie l’éventualité de faire franchir l’Atlantique à son cours de Bourse. Pour exactement les mêmes raisons.

Fossé croissant

Ce n’est pas tant le désamour du grand public qui les chagrine que celui des investisseurs financiers. Les Européens se détournent d’eux, afin de respecter les nouveaux critères d’investissement socialement responsable, quand les financiers américains ont de moins en moins ce genre de préoccupations. Résultat : ces derniers représentent désormais 48 % du total des institutionnels au capital de TotalEnergies, contre 34 % pour les Européens.

Signe de ce fossé croissant, ce même 2 mai, l’association d’actionnaires Follow This, qui entend pousser les engagements climatiques des compagnies pétrolières, a publié une résolution, qu’elle présentera en assemblée générale, réclamant plus d’effort à Shell pour respecter l’accord de Paris. Et cette année, elle a récolté la signature de deux des plus importants investisseurs institutionnels européens, les français Amundi et Axa.

Pour la place de Paris, se priver d’un tel poids lourd de la cote serait très grave. Outre la perte de liquidités, cela pourrait donner le signal à d’autres grands acteurs qui s’estiment mal valorisés en Europe. C’est le cas de beaucoup, puisque sur les douze derniers mois, Wall Street a progressé presque deux fois plus que l’Europe. Fâcheux, au moment où l’on cherche à doper l’attractivité financière française et européenne. Politiquement, ce serait tout aussi désastreux, alors que le pouvoir n’a que le mot souveraineté à la bouche. Mais au moins, le message est passé.

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