Gaza : une « famine généralisée est presque inévitable » selon l’ONU, malgré le projet d’ouvrir un corridor maritime depuis Chypre

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Une photo fournie par le Bureau de presse et d’information du gouvernement chypriote montre le président chypriote Nikos Christodoulides et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen inspectant le port de Larnaca, à Larnaca, Chypre, le vendredi 8 mars.

L’Union européenne et les Etats-Unis ont annoncé, vendredi 8 mars, l’ouverture prochaine d’un corridor maritime entre Chypre et Gaza pour acheminer l’aide humanitaire dans le territoire palestinien affamé et bombardé sans cesse par Israël, après cinq mois de guerre. Cette annonce a suivi celle du président américain Joe Biden sur une opération humanitaire maritime majeure impliquant selon des responsables américains la construction d’une « jetée temporaire » à Gaza pour permettre des « aides massives ».

Israël s’est « félicité » de l’ouverture prochaine du corridor humanitaire maritime prévu entre Chypre et la bande de Gaza, distantes de près de 380 km. Cette initiative « permettra l’augmentation de l’aide [entrant] dans Gaza après un contrôle de sécurité correspondant aux standards israéliens », a écrit le porte-parole des affaires étrangères Lior Haiat sur X.

Les Etats-Unis mettent une pression grandissante sur Israël, leur allié, qui assiège Gaza depuis le 9 octobre et ne laisse entrer l’aide qu’au compte-gouttes depuis l’Egypte. Selon l’ONU, sur les 2,4 millions d’habitants dans le territoire exigu, 2,2 millions sont menacés de famine avec de graves manques de nourriture et d’eau potable et 1,7 ont été déplacés par les combats et les frappes israéliennes qui ont aussi provoqué des destructions colossales et réduit le système hospitalier en lambeaux.

« Nous sommes très proches de l’ouverture de ce corridor, avec un peu de chance ce dimanche », a déclaré de son côté la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, au port de Larnaca dans le sud de Chypre, le pays de l’Union européenne géographiquement le plus proche de Gaza. Une première opération pilote sera lancée vendredi, a-t-elle ajouté, accompagnée du président chypriote Nikos Christodoulides.

Un expert de l’ONU estime que créer une « jetée maritime » temporaire est « cynique »

La proposition américaine de construire une « jetée temporaire » afin d’acheminer par la mer davantage d’aide humanitaire dans le territoire palestinien assiégé est  « cynique », a dénoncé vendredi, Michael Fakhri, rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, lors d’une conférence de presse à Genève. « C’est la première fois que j’entends quelqu’un dire qu’il faut utiliser une jetée maritime. Personne n’a demandé une jetée maritime, ni le peuple palestinien, ni la communauté humanitaire », a-t-il dit

M  Fakhri, qui est mandaté par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, mais ne s’exprime pas au nom de l’organisation, a poursuivi en qualifiant la proposition américaine de « cynique », soulignant qu’au même moment les Etats-Unis fournissent des bombes, des munitions et un soutien financier à Israël. A son avis, la volonté américaine vise avant tout à répondre  « à l’approche des élections » dans le pays, à la pression interne d’une partie de l’électorat américain.

« Nous avons dit que la famine était imminente, mais je pense qu’il est juste de dire maintenant qu’Israël a intentionnellement affamé le peuple palestinien à Gaza, et que cette famine est déjà en train de se produire ou est au coin de la rue », a encore affirmé M. Fakhri.

Une « famine généralisée presque inévitable », selon l’ONU

Des Palestiniens prient devant une mosquée détruite par les frappes aériennes israéliennes à Rafah, dans la bande de Gaza, le vendredi 8 mars 2024.

Ces derniers jours, plusieurs pays arabes et occidentaux, dont les Etats-Unis et la France, ont effectué de nombreux largages aériens de nourriture. Mais ces parachutages, de même que l’envoi d’aide par la mer ne peuvent se substituer à la voie terrestre, estime l’ONU qui met en garde contre une « famine généralisée presque inévitable » à Gaza. « La diversification des routes d’approvisionnement terrestres reste la solution optimale » selon Sigrid Kaag, la coordinatrice de l’ONU chargée de l’aide pour Gaza.

« Je travaille d’arrache-pied pour parvenir à un cessez-le-feu immédiat d’au moins six semaines », a déclaré Joe Biden dans son discours sur l’état de l’Union jeudi, en appelant Israël à ne pas utiliser l’aide humanitaire comme « monnaie d’échange ». Selon des responsables américains, la construction d’une « jetée temporaire » à Gaza prendra plusieurs semaines et ne signifie pas le déploiement au sol de soldats américains.

L’entrée des aides et leur acheminement dans différents secteurs de la bande de Gaza notamment dans le Nord, restent aussi très difficiles en raison des combats, des bombardements, des destructions et parfois des pillages. Occupée par l’armée israélienne de 1967 à 2005, la bande de Gaza, déjà soumise à un blocus israélien depuis la prise du pouvoir par le Hamas en 2007, est bordée par Israël, l’Egypte qui garde sa frontière fermée et la mer Méditerranée.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Gaza : cartographie d’un champ de ruines après cinq mois de combats

Négociations infructueuses

De l’aide humanitaire parachutée dans le nord de la bande de Gaza, le 8 mars 2024.

« L’armée israélienne continuera à opérer dans toute la bande de Gaza, y compris à Rafah, le dernier bastion du Hamas », a répété jeudi le Premier ministre Benyamin Netanyahou. Pour parvenir à la « victoire totale », Israël dit préparer une offensive terrestre sur Rafah, dans l’extrême sud de la bande de Gaza contre la frontière fermée avec l’Egypte, où sont massés près de 1,5 million de Palestiniens selon l’ONU.

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Après quatre jours infructueux au Caire, les négociations sur une trêve impliquant les pays médiateurs − Egypte, Qatar, Etats-Unis − doivent reprendre la semaine prochaine au Caire, selon le média égyptien progouvernemental Al-Qahera News.

Les médiateurs espéraient arracher un accord sur une trêve associée à une libération d’otages en échange de prisonniers palestiniens avant le ramadan, le mois sacré du jeûne pour les musulmans, qui commence en début de semaine prochaine. Le Hamas réclame avant tout accord un cessez-le-feu définitif et un retrait des troupes israéliennes de Gaza, ce qu’Israël refuse.

Le Monde avec AFP

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