Etienne Dignat, politiste : « Sur la question des otages, certains pays et leurs opinions publiques sont plus durs que d’autres  »

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Docteur en sciences politiques et chercheur associé au Centre de recherches internationales (CERI) CNRS-Sciences Po, Etienne Dignat a publié La Rançon de la terreur (PUF, 448 pages, 23 euros), pour lequel il a réalisé des entretiens dans sept pays auprès de services de renseignement, de négociateurs, de diplomates, de représentants politiques et d’anciens otages.

Israël a acquis une tragique expérience en matière d’otages, même si les enlèvements du 7 octobre sont d’une ampleur inédite. En 2011, il a échangé 1 027 prisonniers palestiniens contre le soldat Gilad Shalit. Cette fois, le « ratio » s’établit à un Israélien pour trois Palestiniens. Pourquoi ?

La première raison, la plus évidente, c’est qu’avec quelque 240 otages il n’y a pas autant de prisonniers palestiniens pour conserver ce ratio de 1 pour 1 000 de l’époque Shalit. La deuxième, c’est que la société israélienne reste marquée par ces 1 027 libérations de prisonniers, dont plusieurs sont devenus des cadres du Hamas impliqués dans les massacres du 7 octobre : Yahya Sinouar, le chef du Hamas à Gaza, en est l’exemple le plus éclatant. Elle ne veut pas rééditer l’expérience, en tout cas pour les prisonniers les plus dangereux.

La troisième raison, et celle-ci joue une part très importante, c’est l’invasion terrestre de Gaza. Le Hamas pouvait se permettre de détenir un Gilad Shalit seul, en bonne santé, à un moment où Israël ne frappait pas continuellement la bande de Gaza comme aujourd’hui. Shalit est resté otage cinq ans.

Cette fois, les frappes massives d’Israël ont entamé la capacité matérielle du Hamas à garder les otages, entre le nord de l’enclave, totalement détruit, et le sud, sur lequel l’étau se resserre. Il est désormais obligé de négocier dans des termes plus égalitaires. La stratégie de Nétanyahou a été désastreuse pour les Palestiniens comme pour l’image d’Israël, mais la réussite de l’opération terrestre dans Gaza a permis au pays d’entrer dans la négociation sur les otages avec le meilleur rapport de force possible.

Dans cette circonstance, mieux vaut être un civil qu’un militaire…

Si le Hamas a libéré d’abord des enfants et des femmes, c’est que les militaires ne sont pas à ses yeux des otages mais des prisonniers : le soldat mène une guerre qui justifie aux yeux du Hamas de l’arrêter. En éthique de la guerre, on appelle cela « la différenciation par l’agent ». Ainsi les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ont-elles toujours contesté le fait que l’Etat colombien appelle « prisonnier de guerre » un guérillero arrêté et « otage » un soldat colombien qu’elles détenaient.

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