Soudan : après sept mois de guerre, le spectre de la partition

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Des Soudanais fuyant la guerre traversent la frontière avec le Tchad, à Adré, le 4 août 2023.

« Ils avancent vite. Ils nous encerclent. Mais où peut-on aller ? » Les messages d’Abdallah Hassan envoyés par WhatsApp depuis El-Fasher sont lapidaires. La ville, chef-lieu du Darfour du Nord, est assiégée par les Forces de soutien rapide (FSR), du général Mohammed Hamdan Daglo, dit « Hemetti ». Et avec elle, c’est tout l’ouest du Soudan qui est sur le point de tomber aux mains des paramilitaires en guerre depuis le 15 avril contre les Forces armées soudanaises (FAS), dirigées par le général Abdel Fattah Al-Bourhane.

Depuis le 26 octobre, les FSR ont pris le contrôle des principales garnisons de l’armée régulière au Darfour. Après Nyala, capitale du Darfour du Sud et deuxième ville la plus peuplée du pays, les paramilitaires ont conquis Zalingei, bordant les montagnes du djebel Marra, puis Al-Geneina, à la frontière tchadienne, où les FAS ont été mis en déroute. L’étau se resserre désormais sur la sixième division d’infanterie d’El-Fasher, dernier bastion de l’armée régulière dans la région. « Nous savons que s’ils pénètrent dans la ville, ce sera par le sang et le feu. Ils massacrent, violent, pillent », s’alarme Abdallah Hassan.

Vaste et densément peuplée, la cité de plus de 1 million d’habitants a vu affluer au cours des dernières semaines des dizaines de milliers de civils fuyant l’avancée des FSR au Darfour. « El-Fasher est devenue un immense camp de déplacés. Depuis sept mois, il n’y a pas de travail, pas de salaires, peu d’électricité, plus de production agricole, et les souks sont à peine approvisionnés », témoigne Abdelmajid Fadil, responsable d’une association locale. Un seul hôpital serait en état d’accueillir des blessés, les autres étant inopérants faute de personnel, de carburant ou de matériel médical.

« Scénario libyen »

Après sept mois de guerre, le Soudan est en pleine déchirure. « Le pays s’installe de facto dans un scénario libyen. D’est en ouest, on assiste à l’émergence de deux vastes zones contrôlées par deux armées, deux autorités opposées. C’est extrêmement préoccupant », estime Suliman Baldo, fondateur du centre de réflexion Sudan Transparency and Policy Tracker (STPT).

Les forces du général Al-Bourhane ne tiennent plus qu’une fraction du territoire soudanais, coincée entre le Nil et la mer Rouge, de la frontière égyptienne, au nord, à la frontière éthiopienne, au sud. A Khartoum, les FAS tentent en vain de désenclaver leurs forces, acculées dans quatre bases militaires, et de regagner du terrain sur les hommes de Hemetti, qui contrôlent 90 % de la capitale. Incapable de prendre le dessus dans les combats au sol, l’armée privilégie les tirs d’artillerie et les bombardements aériens sur les positions ennemies, faisant de nombreuses victimes civiles.

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