Le cricket afghan, champion des cœurs

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LETTRE DE NEW DELHI

Les supporteurs afghans brandissent l’ancien drapeau du pays banni par les talibans, à Pune (Inde), le 30 octobre 2023.

La Coupe du monde de cricket n’est pas terminée que l’Afghanistan a déjà conquis tous les cœurs. L’équipe, composée de très jeunes joueurs, avait pour ambition de se qualifier pour les demi-finales de cette compétition, qui se déroule en Inde du 5 octobre au 19 novembre. Si l’objectif sportif n’a finalement pas été atteint, elle est parvenue à faire bien plus : captiver celles et ceux qui ne s’intéressent guère à ce sport, en terre de cricket et au-delà. A la moitié du tournoi, suivi par des millions de fans à travers le monde, les Tigres bleus avaient réalisé l’exploit de battre ­l’Angleterre, championne en titre, mais aussi le Pakistan, menaçant de mettre les deux géants du cricket hors course. Puis ils ont encore triomphé du Sri Lanka, le 30 octobre.

« Le cricket constitue la seule force unificatrice dans les moments les plus difficiles pour les Afghans, estime Farid Mamundzay, ambassadeur d’Afghanistan à New Delhi. Dans un paysage géopolitique sombre, où les perspectives d’un avenir meilleur semblent rares, les victoires internationales du cricket offrent une lueur d’espoir à la jeunesse. »

De Kaboul à New Delhi en passant par les Etats-Unis, l’équipe afghane a fait vibrer tous ses compatriotes, les exilés depuis la prise de pouvoir des talibans, en août 2021, comme ceux restés aux pays. Après leur victoire contre le Pakistan voisin, dans le stade M. A. Chidambaram, à Chennai, dans le sud-est de l’Inde, le 23 octobre, Kaboul a été le théâtre de rares scènes de joie. Des habitants sont descendus dans les rues de la capitale faire résonner les klaxons, lancer des feux d’artifice, chanter et danser, bravant les interdits des talibans.

Une « légèreté inexplicable »

Depuis l’arrivée de ses nouveaux maîtres, le pays s’enfonce dans l’abîme. Les libertés individuelles y sont bafouées, les femmes ont été mises au ban de la société et la crise humanitaire est telle que les Nations unies estiment que la moitié de la population souffre de faim aiguë. Pour couronner le tout, un terrible séisme a dévasté des villages entiers dans la région d’Herat, au nord-ouest, au début du mois d’octobre, causant la mort de plus de 1 000 personnes.

« De toute évidence, il ne s’agissait pas seulement de cricket, mais des soupirs d’une nation longtemps réprimée », juge Jyoti Malhotra, journaliste indienne, dans sa chronique publiée par le site d’information The Print, pour expliquer cette liesse. Lors des matchs, ce n’est d’ailleurs pas le drapeau noir et blanc de l’« émirat islamique » qui flotte fièrement dans les gradins, mais bien celui, rouge, vert et noir, de l’ancienne République islamique.

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