La guerre Israël-Hamas vue par Al-Jazira, fenêtre d’expression quasi unique des Palestiniens de Gaza

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Une télévision branchée sur la chaîne Al-Jazira (version arabe) dans le bureau du Croissant-Rouge palestinien de Qaryut, en Cisjordanie, le 11 novembre 2023.

Essoufflé et terrifié, le journaliste palestinien Mustafa Sarsour traverse la cour de l’hôpital Al-Shifa au pas de course, zigzaguant sous les tirs tandis que l’objectif de sa caméra fixe la mort. Près des tentes où s’entassaient quelques heures plus tôt des milliers de réfugiés, gisent ce 15 novembre au matin des corps abandonnés enroulés dans des couvertures. « Blessé ou martyr ? », crie-t-il en croisant le chemin d’un homme qui court vers l’entrée en portant une petite silhouette au corps disloqué. « Martyr ! Que Dieu le bénisse. »

L’image, diffusée mercredi matin sur Al-Jazira, bascule soudainement vers l’intérieur de l’hôpital. Cette fois, c’est un personnel du corps médical qui filme. Des nourrissons, sortis des couveuses du service de néonatalogie faute d’électricité, sont transférés dans la pénombre vers le service des urgences, puis allongés alignés les uns contre les autres dans un lit. « Pour qu’ils maintiennent leur température. L’un d’eux est mort ce matin », dit une voix anonyme.

A Doha, au Qatar, Salma Al-Jamal, la présentatrice de la matinale, avait lancé son sujet depuis les studios, sans commentaires : « Al-Jazira s’est procuré des images des abords et de l’intérieur de l’hôpital, encerclé par les forces israéliennes. »

Depuis le 7 octobre, la chaîne qatarie, rare média international présent sans discontinuer dans la bande de Gaza, plonge quotidiennement ses dizaines de millions de téléspectateurs arabophones dans l’enfer et la détresse du territoire palestinien, les déplaçant sous le feu de quartier en camp de réfugiés au gré des bombardements israéliens. Sans filtre, ses caméras filment les immeubles effondrés, les corps coincés sous les décombres, parfois calcinés, les massages cardiaques prodigués dans les ambulances, les cris et pleurs des proches des victimes.

« L’armée de l’occupant »

Ses reporters ne retiennent pas leurs coups : « A-t-on jamais vu une armée voler les corps des gens qu’elle a assassinés ? », s’interroge-t-on en direct le 16 novembre, quelques heures après que les forces israéliennes ont investi l’hôpital Al-Shifa et retiré les victimes qui gisaient à ses abords.

Le parti pris propalestinien est assumé, jusque dans l’emploi des mots : les victimes des bombardements sont des « martyrs » ; l’armée israélienne y est décrite comme « l’armée de l’occupant » quand les factions armées palestiniennes sont indistinctement qualifiées de « groupes de la résistance ». La version anglophone de la chaîne défend la même ligne, même si le ton demeure plus modéré.

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