Au Pakistan, les personnes transgenres sous la menace des religieux

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Filiforme dans son jean, à peine maquillée, Sahzadi Rai reçoit, assise à même le sol, dans les locaux de l’association qui a fait sa notoriété, la Gender Interactive Alliance, située dans un quartier résidentiel de l’est de Karachi. Il est encore tôt, les paillettes sont inutiles. L’hôtesse est entourée d’une dizaine de militantes en sari, aux traits masculins, occupées à vérifier des listings.

Shahzadi Rai, 33 ans, femme transgenre et militante, à proximité de son bureau, à Karachi (Pakistan), le 2 novembre 2023.

Le 7 juin, à 33 ans, Shahzadi Rai a ouvert une nouvelle page d’histoire. Avec sa collègue Chandni Shah, 48 ans, elles sont entrées au conseil municipal de Karachi, la plus grande ville du Pakistan, devenant les premières élues transgenres de la République islamique. Les deux impétrantes appartiennent à la communauté des khwaja sira ou hijras, des femmes nées garçons, travesties ou opérées et présentes dans toute l’Asie du Sud, héritières d’une tradition inscrite dans les cours des empereurs moghols, où elles étaient chargées de la sécurisation et de la gestion des harems. Les khwaja sira faisaient partie intégrante de la société, certaines occupaient dans l’administration des postes élevés, jusqu’à l’arrivée des colons britanniques, qui, pour éradiquer les eunuques, les placèrent en 1897 sur la liste des « tribus » criminelles.

Les deux nouvelles élues ont bénéficié d’une politique de quotas adoptée par la province du Sind en 2017, en faveur des minorités. Deux sièges étaient réservés aux transgenres. Shahzadi Rai figurait sur la liste du Parti populaire pakistanais, de la dynastie de Bhutto, dominant dans cette province. Plus étonnant, Chandni Shah se trouvait sur celle d’un parti islamique, le Jamaat-e-Islami (Alliance démocratique islamique, fondamentaliste sunnite), fer de lance, au niveau national, de la bataille contre la communauté queer.

Chandni Shah, 48 ans, transgenre et activiste, pose près de son domicile à Karachi (Pakistan), le 2 novembre 2023.

Leur élection intervient en effet dans un contexte d’« hijraphobie » très violent, menée par les partis religieux. Trois semaines avant leur entrée au conseil municipal, le 19 mai, la Cour fédérale de la charia avait abrogé une loi majeure, adoptée en 2018 par le Parlement pakistanais, sur la protection des droits des transgenres. Le tribunal islamique l’a déclarée incompatible avec le Coran.

Exposés à tous les risques

Cette législation très progressiste avait été saluée dans le monde entier comme un tournant dans ce pays très conservateur où l’homosexualité reste passible de la peine de mort. Le texte interdisait les discriminations à l’égard des personnes transgenres dans l’éducation, l’emploi, la santé, les transports publics, le logement. Il leur donnait le droit de déterminer elles-mêmes leur genre sur les documents officiels, leur garantissait un accès à l’héritage et leur accordait le droit de vote. La Cour suprême pakistanaise va être amenée à trancher le différend entre civils et religieux ; la haute juridiction avait ouvert la voie en 2009, en reconnaissant pour la première fois le troisième genre.

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