Rencontre Joe Biden-Xi Jinping, le service minimum

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Il est évidemment préférable que les présidents des deux plus grandes puissances mondiales se parlent au lieu de s’éviter. La rencontre entre Joe Biden, le président américain, et Xi Jinping, son homologue chinois, en Californie, le 15 novembre, la seconde seulement depuis l’élection du démocrate après celle de Bali qui s’était tenue sur un terrain neutre, a permis au moins pour un temps de réintroduire un peu de normalité après une succession de crises.

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La visite de l’ancienne speaker de la Chambre des représentants du Congrès des Etats-Unis, Nancy Pelosi, en août 2022, sur l’île de Taïwan, que Pékin considère comme une province chinoise rebelle, puis la destruction d’un ballon-sonde chinois suspecté d’espionnage au-dessus des Etats-Unis avaient en effet alimenté entre les deux pays un climat de tension inquiétant.

Précédée par l’engagement salutaire de Pékin et de Washington de reprendre leur coopération sur le climat, après des mois de dialogue au point mort, la rencontre du 15 novembre a permis de restaurer les canaux de communication entre militaires des deux pays, un impératif compte tenu de la multiplication des incidents en mer de Chine méridionale. Il faudra voir à l’usage si l’engagement de Pékin de lutter contre les exportations illégales de composants du fentanyl, un opioïde de synthèse qui fait des ravages aux Etats-Unis, sera suivi d’effet, compte tenu des engagements déjà pris par la Chine par le passé.

Une ligne dure sur Taïwan

Les deux pays n’ont en revanche guère avancé sur leurs principaux griefs. Il pouvait, il est vrai, difficilement en être autrement en une rencontre, certainement la dernière avant l’élection présidentielle prévue en 2024 aux Etats-Unis, où tout est devenu matière à affrontement entre démocrates et républicains, à l’exception de la Chine.

Alors que Joe Biden a maintenu les barrières douanières érigées en son temps par Donald Trump, Pékin considère toujours l’interdiction, décidée par le démocrate, des exportations de semi-conducteurs vers son territoire comme une tentative inacceptable d’endiguement technologique. En Californie, Xi Jinping a défendu également une ligne dure sur Taïwan, où des élections importantes se tiendront en 2024, en réaffirmant que « rien n’arrêtera » la réunification avec le continent.

Rien n’a filtré des divergences de fond sur l’Ukraine, où les deux pays campent sur des positions incompatibles, et sur les mécanismes visant à conserver un relatif ordre mondial que les Etats-Unis entendent maintenir mais que la Chine considère comme dépassés, injustes et inefficaces. Interrogé après la rencontre, le président des Etats-Unis a candidement gardé le qualificatif de « dictateur » pour décrire son homologue : « Il l’est comme le gars qui dirige un pays dont le système est totalement différent du nôtre », a ajouté Joe Biden.

Le fossé qui s’est creusé avec l’inflexion opérée par Xi Jinping, qu’il s’agisse du virage autoritaire exacerbé pris par le Parti communiste chinois ou sa réaffirmation nationaliste, ne sera pas comblé avant longtemps si on se fie également aux signaux faibles des symboles et du soft power. Pékin est en passe de rediriger vers le « Sud Global » sa « diplomatie du panda », vidant les zoos américains des très populaires plantigrades, et Washington n’a toujours pas rétabli les bourses Fulbright au bénéfice des étudiants chinois, brutalement supprimées par Donald Trump. En Californie, le dialogue est resté empreint de défiance. La réaction courroucée de la Chine au qualificatif de « dictateur », qu’elle dénonce comme une « manipulation politique irresponsable », en témoigne.

Le Monde

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