« Ligeirinho », vendeur ambulant et légende vivante de Copacabana

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LETTRE DE RIO

Ligeirinho s’est spécialisé dans le maté glacé au citron, fait maison et transporté dans deux gros bidons métalliques. Sur la plage de Copacabana, à Rio de Janeiro, en novembre 2023.

Certains l’ont peut-être remarqué : depuis quelques semaines, la correspondance du Monde au Brésil a déménagé. Fini Rio de Janeiro, sa moiteur, sa baie cérulée. Direction Sao Paulo la pluvieuse, ses 20 millions d’âmes, sa vie culturelle bouillonnante, la ville « de toutes les anarchies », selon les mots de l’ancien journaliste Charles Vanhecke.

Pour un dernier article, pourquoi pas la plage ? A dire vrai, ces dernières années, nous n’en avons que peu parlé. Trop cliché, trop attendu. Quelle erreur ! Depuis cinq siècles, la route du Brésil se confond avec le chemin du bord de mer.

Le meilleur poste d’observation demeure Copacabana, la plage des plages, la « petite princesse de la mer ». Quatre kilomètres de désir et de lumière, arpentés par toutes les stars, célébrés par tous les poètes. Le lieu où un Brésil souvent très inquiet aime à se contempler. « Pour s’aimer, un seul endroit : Copacabana », proclame un tube célébrissime, entonné par les plus grands chanteurs du pays.

C’est au posto 4, l’un des plus fréquentés, que l’on retrouve « Ligeirinho ». Le voilà qui s’avance, slalomant entre les parasols, revêtu de sa tenue de travail : short, tee-shirt à manches longues et large chapeau couleur bleu saphir, siglé de son nom. L’homme est fier. Il parle de lui à la troisième personne et a bien conscience d’être l’une des légendes vivantes de ces lieux mythiques. « Voilà plus de trente ans que Ligeirinho arpente Copacabana ! », argue-t-il.

Ambassadeurs de la ville

Luis Soarez da Silva – son vrai nom – est vendeur ambulant sur les plages cariocas. Une profession emblématique, inquantifiable (ils seraient entre 500 et 3 000 à Rio) et particulièrement rude, consistant souvent à parcourir près de 20 kilomètres par jour, pieds nus dans le sable, par 40 °C en plein soleil avec 50 kg de marchandise sur le dos. « Tout cela demande pas mal de pratique », admet Ligeirinho, âgé de 54 ans.

Sodas, bières, caïpirinhas, glaces, sandwichs, cigarettes, mais aussi crevettes grillées, fromage fondu, serviettes, chapeaux, lunettes, enceintes Bluetooth… la liste des produits proposés est infinie. Un filon : des centaines de milliers de personnes défilent chaque jour sur les plages de Rio. Selon la mairie, le « chiffre d’affaires de la plage » dépasse les 800 millions d’euros par an.

Ligeirinho s’est spécialisé dans le maté glacé au citron, transporté dans deux gros bidons métalliques. « C’est du fait maison. Je me lève tous les jours à 4 heures pour le préparer ! », insiste cet habitant de Belford Roxo, lointaine et pauvre banlieue nord de Rio, qui sélectionne avec soin ses agrumes au marché. Sa recette est un secret bien gardé : « Je ne la révélerai pas de mon vivant ! », jure-t-il.

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