Le conflit à Gaza éloigne Marine Le Pen des références « gaullistes » qu’elle revendique

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Depuis douze ans qu’elle incarne l’extrême droite française, Marine Le Pen poursuit avec ténacité un même objectif : capter l’héritage du général de Gaulle. Pour l’héritière d’un parti dont l’antigaullisme fut un ciment idéologique, c’est un défi qui ne manque pas d’audace ni d’intérêt électoral. Marine Le Pen cite de Gaulle dans les débats d’entre-deux-tours à l’élection présidentielle ; envoie des représentants fleurir sa tombe à Colombey-les-Deux-Eglises (Haute-Marne) chaque 9 novembre ; lui consacre des discours sur l’île de Sein (Finistère) et à Bayeux (Calvados) ; choisit pour lieutenants d’authentiques nostalgiques du gaullisme, comme Florian Philippot ou Jean-Philippe Tanguy. Dans un article publié en juin 2020 dans la Revue politique et parlementaire, elle loue le « grand homme » et revendique être la seule à défendre sa doctrine.

Souvent, cette conviction intéressée s’appuie sur la vision diplomatique du fondateur de la Ve République, qu’elle dit faire sienne : porter une voix indépendante, sortir de la logique de blocs et parler à tous. La politique arabe du général de Gaulle fut particulièrement marquée par sa condamnation de la politique expansionniste d’Israël durant la guerre des Six-Jours, en 1967 – à rebours de l’opinion publique. Marine Le Pen, de son côté, a toujours été guidée par la lutte contre l’islam radical, ce qui exclut de considérer certains régimes – tels le Qatar ou l’Arabie saoudite – comme des partenaires potentiels.

La leader d’extrême droite a, depuis les attentats terroristes du 7 octobre, une occasion inespérée : être, sur le Proche-Orient, la voix de la ligne gaullo-mitterrandienne ouverte sur le monde arabe, que seuls semblent porter le Parti socialiste ou des vétérans du centre droit, comme l’ancien premier ministre Dominique de Villepin ou le président de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, Jean-Louis Bourlanges (MoDem et Indépendants). La droite d’Eric Ciotti, elle, s’est rangée derrière le gouvernement israélien, la suite d’une évolution atlantiste entamée sous Nicolas Sarkozy à partir de 2007. Emmanuel Macron affiche son soutien à la défense d’Israël tout en envoyant des signaux aux capitales arabes.

Cacophonie et alignement sur Washington

Marine Le Pen aurait pu profiter de ce contexte. Détaillant, le 23 octobre, à la tribune de l’Assemblée nationale, sa position sur le conflit entre Israël et le Hamas, la cheffe de file de l’extrême droite a assuré s’inscrire strictement dans la continuité de la doctrine gaulliste. Elle a déploré la disparition du « rôle d’intermédiation, flexible et créatif » joué par la France. « Pourquoi la voix de la France est-elle si désespérante dans cette région tout particulièrement ? Elle l’est parce que sa diplomatie a perdu de vue la nécessité de maintenir son indépendance, son équidistance et sa constance. »

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