Un journaliste allemand payé en sous-main par un oligarque russe pour ses livres pro-Poutine

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En juin 2021, le journaliste allemand Hubert Seipel est invité à la radio pour présenter son dernier livre, Putins Macht. Warum Europa Russland braucht (« le pouvoir de Poutine, pourquoi l’Europe a besoin de la Russie », Hoffmann und Campe, non traduit). L’homme est affable, le ton courtois. Mais, au bout d’une quinzaine de minutes, il se raidit soudain. De but en blanc, le présentateur vient de lui demander s’il « touche des honoraires en provenance de Russie ». « Mais, comment osez-vous ? », s’insurge l’essayiste, abasourdi.

La question était pourtant loin d’être saugrenue. Hubert Seipel, connu pour être un spécialiste de la géopolitique russe, se vante d’être « le seul journaliste occidental en contact direct avec Poutine », qu’il a rencontré dès 2010 pour préparer son documentaire Moi, Poutine. Un portrait. Cette proximité lui vaut d’ailleurs d’être fréquemment critiqué pour ses prises de position pro-Kremlin. Son précédent livre, publié en 2015, avait déjà été largement vilipendé dans la presse allemande pour ses « manquements aux normes journalistiques les plus basiques ».

L’enquête « Cyprus Confidential » soulève la possibilité que le Kremlin ait secrètement tenté d’influencer le débat public en Allemagne. Elle éclaire aussi sous un nouveau jour les prises de position du journaliste : des données financières confidentielles issues du cabinet chypriote Cypcodirect Corporate Services révèlent que ses deux livres ont été en partie financés par des sociétés offshore liées à un oligarque très proche du Kremlin, en contradiction avec les règles les plus fondamentales de l’éthique journalistique.

Un oligarque derrière l’homme de paille

Un « contrat de parrainage » a été signé, le 16 mars 2018, entre M. Seipel et une société des îles Vierges britanniques, De Vere Worldwide Corporation, pour « l’écriture d’un livre sur l’environnement politique dans la Fédération de Russie ». Ce contrat confidentiel spécifie que « le sponsor souhaite soutenir le développement » du livre en payant l’auteur 600 000 euros et en lui fournissant « un soutien logistique et organisationnel adéquat » – tout en précisant que « l’auteur n’a aucune obligation concernant le contenu ou la composition du livre ». D’après cette fuite de documents, cette somme a été versée au journaliste en deux fois à partir d’un compte hébergé par la banque russe Sovcombank, en 2018 et 2019.

Capture d’écran du « contrat de parrainage » signé le 16 mars 2018 entre le journaliste allemand Hubert Seipel et la société des îles Vierges britanniques De Vere Worldwide Corporation.

Un autre document interne, paraphé par la branche chypriote du cabinet d’audit PwC, révèle, par ailleurs, qu’un « contrat similaire » avait été signé en 2013 pour « la biographie de Poutine » – le sujet du premier livre d’Hubert Seipel, publié en 2015.

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