Karim Khan, procureur de la CPI, sur la guerre Israël-Hamas : « Au milieu de la violence, au milieu de la fureur, des règles d’humanité s’appliquent qui ne peuvent être transgressées »

0 Shares
0
0
0

Nous vivons actuellement un moment de profonde souffrance à l’échelle mondiale. Que ce soit au Darfour, en Ukraine, en Afghanistan où les droits des femmes et des filles sont bafoués, au Myanmar [Birmanie] où le sort des réfugiés rohingya est entouré d’un silence assourdissant et, aujourd’hui, en Israël et dans l’Etat de Palestine, qui sont le théâtre d’une tragédie sans fin, nous assistons à une pandémie d’inhumanité qui menace de se propager. Ces situations d’urgence en matière de droits de l’homme sont liées les unes aux autres. Elles ont ceci de commun qu’elles résultent de l’incapacité qui est la nôtre à conférer la moindre valeur à la vie de nos semblables.

Nous ne pouvons pas rester indifférents. Nous ne pouvons pas ne pas réagir et accepter de vivre dans une telle angoisse. Nous devons toujours nous rappeler que ces gens que l’on retire des décombres, ces gens qui attendent des nouvelles de parents enlevés ou tués sont nos semblables. Nous devrions nous soucier de leur sort avec le même sentiment d’urgence, d’empathie et de compassion que s’il s’agissait de nos propres enfants, parents, amis ou proches.

C’est dans des moments comme celui-ci, lorsque les personnes vulnérables ont le sentiment d’avoir été oubliées, que nous avons, plus que jamais, besoin du droit. Pas du droit en termes abstraits, pas du droit en tant que théorie pour les universitaires, mais le droit qui permet de protéger concrètement ceux qui en ont besoin. Il est important pour eux de savoir que la loi et les droits de l’homme peuvent contribuer à changer le cours de leurs vies. Ils doivent être une réalité pour les habitants de Gaza, de Cisjordanie et d’Israël, mais aussi de Kiev, de Khartoum et de Cox’s Bazar [Bangladesh], à laquelle ils devraient pouvoir se raccrocher et qui devraient les protéger contre ce que l’humanité a de pire.

La prise d’otages est un crime de guerre

[Le 29 octobre], j’étais au point de passage de Rafah, à la frontière entre Gaza et l’Egypte, pour transmettre ce message : à savoir que le droit international humanitaire a été créé pour répondre à ces situations auxquelles nous sommes aujourd’hui confrontés, pour faire en sorte qu’au milieu de la violence, au milieu de la fureur, des règles d’humanité s’appliquent qui ne peuvent être transgressées. Ainsi que l’a rappelé le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, même les guerres ont des règles. Ces règles, il incombe à la Cour pénale internationale (CPI) d’en assurer le respect.

J’ai été saisi d’effroi par les récits qui nous sont parvenus d’Israël depuis [l’attaque du Hamas] le 7 octobre, de ces nombreux civils israéliens innocents dont les vies ont été saccagées. Nous ne pouvons tout simplement pas vivre dans un monde où les exécutions, les incendies, les viols et les meurtres sont tolérés, voire célébrés. Nous ne pouvons pas accepter que des enfants, des hommes, des femmes et des personnes âgées soient arrachés à leur foyer et pris en otage. Nous ne pouvons vivre dans un monde dans lequel l’amour au sein d’une famille, les liens qui unissent un parent et un enfant sont utilisés à des fins de torture et de meurtre. Ces actes sont insupportables pour chacun d’entre nous. Ils sont totalement contraires aux valeurs de l’islam et ne peuvent être commis au nom d’une religion dont le nom exprime l’idée de paix. Ils sont parmi les violations les plus graves du droit humanitaire international.

Il vous reste 75% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

source

0 Shares
Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You May Also Like