En Argentine, l’environnement grand absent de la campagne présidentielle

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Une affiche pour la campagne électorale du ministre  de l’économie et candidat à la présidentielle de l’Argentine, Sergio Massa, à Saladillo, province de Buenos Aires, le 9 novembre 2023.

Sur près d’une heure trente de débat présidentiel, dimanche 12 novembre, l’environnement a occupé exactement vingt-deux secondes de temps de parole et n’a fait l’objet d’aucune approche thématique. Les candidats en lice pour le second tour du scrutin, prévu dimanche 19 novembre, le ministre argentin de l’économie, Sergio Massa (centre gauche), et l’ultralibéral Javier Milei ont confronté leur vision du pays lors d’un duel très suivi, les sondages les donnant au coude-à-coude. A l’instar de leur campagne, l’économie a largement dominé le débat, alors que l’Argentine fait face à une inflation asphyxiante (143 % sur un an), un taux de pauvreté affectant 40 % de la population et une dette de 45 milliards de dollars (41,6 milliards d’euros) que le pays doit rembourser au Fonds monétaire international (FMI).

« Les politiques nourrissent l’idée que sortir de la crise et réussir la transition énergétique sont deux objectifs antagonistes, alors que ce sont des axes complémentaires et qu’il faut agir au plus vite », souligne Pia Marchegiani, directrice adjointe de la Fondation de l’environnement et des ressources naturelles (FARN). Elle fait référence aux derniers travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, le GIEC, qui appellent à réduire le pic des émissions de gaz à effet de serre au plus tard en 2025, afin de limiter le réchauffement à 1,5 °C. En Argentine, 31e pays émetteur de CO2 au monde, les sujets environnementaux sont traditionnellement absents du débat politique. Si la mobilisation progresse parmi les activistes et les ONG de défense de l’environnement, l’absence de représentation politique de l’écologie demeure un obstacle majeur.

Pourtant, le pays subit de plein fouet les conséquences du dérèglement climatique. De 2019 à 2023, il a connu une sécheresse historique, également alimentée par le phénomène météorologique La Niña, qui a mis à terre l’économie de ce pays, très dépendant du secteur agricole. Soja, blé, maïs impropres à la récolte ou jamais semés… le manque à gagner en termes d’exportation devrait s’élever à 20 milliards de dollars en 2023, soit 3 % du produit intérieur brut (PIB). L’Argentine a également connu l’été le plus chaud de son histoire en 2023, avec des températures dépassant à plusieurs reprises les 40 °C, à Buenos Aires en particulier. Un record qui a mis à nu les carences des infrastructures face aux canicules, notamment des établissements scolaires.

Idéologie libertarienne

Malgré la rudesse de la réalité climatique endurée par la population argentine, l’ultralibéral et outsider Javier Milei affiche un discours ouvertement climatosceptique. « Il existe, dans l’histoire de la Terre, un cycle de températures », avançait-il le 8 octobre, lors d’un précédent débat présidentiel, niant l’incidence des activités humaines dans les températures élevées observées dans le pays. Il affirmait aussi : « Nous n’allons pas à adhérer à l’agenda 2030 [en référence au texte programmatique de l’ONU, signé en 2015, qui fixe dix-sept objectifs de développement durable à mener à bien d’ici à 2030]. Nous n’adhérons pas au marxisme culturel, nous n’adhérons pas à la décadence. »

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