Marche contre l’antisémitisme : une foule compacte, digne, soucieuse de « montrer aux juifs de France qu’ils ne sont pas seuls »

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La pluie vient de cesser et le ciel gris laisse filtrer quelques rayons dorés lorsque, peu après 14 heures dimanche 12 novembre, la foule commence à affluer sur l’esplanade des Invalides à Paris. Ils sont venus par petits groupes, en famille ou entre amis, certains avec un chien au bout d’une laisse, une dame porte même son chat sur l’épaule, comme un jour de promenade un dimanche d’automne. Ils ont la trentaine, la quarantaine, la cinquantaine, parfois plus. Peu de jeunes en revanche, dans ce rassemblement contre l’antisémitisme.

Ce qui frappe d’emblée, c’est le silence, le calme. Du tombeau de Napoléon au pont Alexandre III, la foule qui arrive à pied ou se déverse des stations de métro aux rames bondées n’est que bruissements et chuchotements.

Certains manifestants tiennent des drapeaux français à la main, mais aucun drapeau israélien, pas de banderoles ou presque, pas de slogans, des applaudissements de temps à autre comme pour se féliciter d’être venus. Une dame a ressorti sa main « Touche pas à mon pote » des années 1980, des drapeaux corse et belge zèbrent le ciel, un groupe de militants kabyles font danser leur emblème… « Nous sommes solidaires des juifs », explique une petite dame brune à lunettes.

De la guerre entre Israël et le Hamas, il ne sera pas question tout au long du cortège : seule la lutte contre l’antisémitisme réunit ces citoyens dont rien ne peut laisser deviner l’appartenance politique ou religieuse, à part les kippas portées par quelques-uns. Comme si les participants s’étaient attachés à montrer que la dignité devait être plus que jamais au rendez-vous, les rares saillies perturbatrices ont été immédiatement condamnées.

L’esplanade des Invalides, lors de la marche contre l’antisémitisme, à Paris, le 12 novembre 2023.

Lorsqu’une poignée de manifestants scande un « Mélenchon antisémite, Mélenchon antisémite ! », ils sont immédiatement et fermement rappelés à l’ordre par des voix anonymes : « Chut, chut, pas de polémiques. » Scène identique lorsqu’un autre groupe tente de lancer : « Pas de fachos dans mon quartier, pas de quartiers pour les fachos. »

« Nous sommes là où nous devons être », estime Marine Le Pen

La foule enfle, vient grossir les rangs des premiers arrivés, ils seront bientôt 105 000 à Paris, selon la police. Et 182 000 dans toute la France, répartis dans plus de soixante-dix villes (7 500 personnes à Marseille, 5 000 à Strasbourg, 3 700 à Grenoble, 3 500 à Bordeaux, 3 000 à Nice et à Lyon, 2 000 à Nantes ou La Rochelle).

A Paris, Laure, comédienne, blonde et élégante, arrive seule aux Invalides : « J’aurais préféré être accompagnée mais ce n’est pas facile quand on est de gauche, en ce moment, de demander à ses amis s’ils viennent marcher contre l’antisémitisme », soupire-t-elle. La présence du Rassemblement national (RN) ne l’a pas fait hésiter : « Je ne les regarderai pas. » Ils ne sont pourtant pas loin.

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