Dans un hôtel sur la mer Morte, les déplacés israéliens pleurent leurs morts et leurs vies saccagées : « Tout le monde ne reprendra pas le chemin du kibboutz de Beeri »

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Un énorme lobby sans charme, des plantes en plastique, du faux marbre et dix-sept étages de chambres tournées vers les rives salées de la mer Morte : à première vue, rien n’a changé au David Dead Sea Resort d’Ein Bokek, en Israël, vaste complexe hôtelier où les réservations battent généralement leur plein en automne.

Pourtant, derrière ce décor, tout a basculé depuis l’attaque du Hamas contre Israël, le 7 octobre. L’établissement est toujours bondé, mais des gardes armés surveillent l’entrée, le bar a baissé son rideau et les clients ne rient pas dans les couloirs. Disparus, les vacanciers en maillots de bain. A leur place, 900 habitants de Beeri occupent l’endroit, après avoir été évacués de leur kibboutz, en bordure de la bande de Gaza.

Dans ce lieu habituellement dévolu au plaisir et à l’insouciance, des familles entières pleurent aujourd’hui leurs morts et leurs vies saccagées. Du jour au lendemain, leur village a été transformé en paysage d’apocalypse, puis en zone militaire. Sur les 1 200 personnes que comptait la communauté, 86 ont été assassinées, 30 prises en otage et deux ont disparu. Non seulement un bon tiers des maisons ont été complètement calcinées, mais celles qui tiennent encore debout sont dévastées, inhabitables. Ici, les funérailles ont succédé aux funérailles en octobre. Chaque personne rencontrée porte le deuil d’un parent, d’un ami mais aussi de sa vie d’avant, quand d’horribles souvenirs ne venaient pas hanter les esprits.

Au David Dead Sea Resort, à Ein Bokek (Israël), où sont temporairement hébergées les familles du kibboutz de Beeri, le 10 novembre 2023.

Comme eux, 220 000 Israéliens ont dû quitter leur domicile dans les jours qui ont suivi le 7 octobre. Ceux qui résidaient autour de Gaza, bien sûr, mais également ceux des localités du nord, à la frontière avec le Liban. Kiryat Shmona, ville de 23 000 habitants, s’est ainsi muée en cité fantôme, désertée lorsque des roquettes ont commencé à pleuvoir depuis le pays voisin. Sud et Nord confondus, certains déplacés ont pu trouver refuge chez des proches ou dans des logements de fortune, mais environ 125 000 d’entre eux sont toujours à l’hôtel.

Gens traumatisés, désorientés

Le résultat, c’est qu’à Tel-Aviv, à Jérusalem et dans tous les sites touristiques d’Israël les établissements débordent de gens traumatisés, désorientés, arrachés à leur existence ordinaire. Au point que la physionomie de certaines localités s’en trouve bouleversée : contrairement aux touristes, les déplacés ne s’en vont pas au bout de quelques jours.

Partout, il a donc fallu trouver des solutions pour scolariser les enfants, aider leurs parents à refaire surface, enregistrer les demandes de papiers d’identité perdus ou détruits et soigner les malades. Sur les bords de la mer Rouge, dans la ville d’Eilat, une antenne de l’hôpital Beilinson de Petah Tikva (nord-est de Tel-Aviv) a même ouvert pour faire face à un afflux de 60 000 déplacés, soit plus que la population totale de cette célèbre station balnéaire.

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