Norbert Gaillard, économiste : « L’élargissement des BRICS vise entre autres à dédollariser l’économie mondiale »

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De gauche à droite, le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva ; le dirigeant chinois, Xi Jinping ; le président sud-africain, Cyril Ramaphosa ; le premier ministre indien, Narendra Modi ; et le ministre des affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, au 15ᵉ sommet des BRICS à Johannesburg, le 24 août 2023.

Economiste, consultant indépendant et spécialiste du risque souverain et du risque pays, il a étudié à Sciences Po Paris et à l’université de Princeton. Il a enseigné au Graduate Institute, à l’université de Genève et travaillé pour diverses institutions internationales et établissements financiers. Sa dernière publication en date est The Future of Multilateralism and Globalization in the Age of the U.S.–China Rivalry (Routledge, octobre 2023).

Comment la dollarisation des échanges internationaux s’est-elle mise en place ?

A partir de l’entre-deux-guerres, on assiste clairement à une montée en puissance du dollar, du fait du statut de premier créancier international des Etats-Unis, et parce que la place financière de New York a remplacé en partie Londres et quasi complètement Paris. Après la seconde guerre mondiale, la dollarisation devient la règle avec le système de Bretton Woods qui se met en place en 1944. C’est la formule célèbre, « dollar as good as gold » (« le dollar est aussi bon que l’or »). Le système monétaire international est adossé à l’or, le dollar est la monnaie de référence parce que les grands pays industrialisés, en dehors des Etats-Unis, et les pays en développement doivent se procurer des dollars pour avoir de l’or.

Cet article est tiré du « Hors-Série Le Monde – 40 cartes pour comprendre un monde fracturé », 2023. Ce hors-série est en vente dans les kiosques ou par Internet en se rendant sur le site de notre boutique.

A l’origine de la dollarisation (c’est-à-dire l’utilisation du dollar par des non-Américains) se trouve un système qui sera finalement assez peu contesté parce que les Etats-Unis sont la première puissance économique, commerciale et financière. La Banque mondiale et le Fonds monétaire international, nés des accords de Bretton Woods, utilisent essentiellement le dollar. En 1971, c’est le choc : le président des Etats-Unis, Richard Nixon, annonce la fin de la convertibilité du dollar en or. A partir de là, le doute s’installe sur la capacité des Etats-Unis à préserver leur leadership monétaire.

En 1973, le dollar subit une dévaluation. L’idée s’installe alors que « le dollar, c’est fini ». Mais par quoi le remplacer ? Le rouble, non, le franc, non, la livre est mal en point, il reste le Deutsche Mark et le yen. Et éventuellement le franc suisse. Mais ces économies sont trop petites.

Les années passent, et tout le monde se rend compte finalement qu’on est dans un nouveau système monétaire où tout a changé mais rien n’a changé. Certes, les taux de change sont flottants, mais le dollar est toujours considéré comme essentiel, on va toujours emprunter à New York, les échanges commerciaux en dollars perdurent… Une monnaie qui n’est pas si forte que ça, mais ça arrange bien tout le monde.

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