« La Guerre des mondes » : bienvenue dans la « guerre tiède » entre autocraties et « Occident collectif »

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Livre. De l’Ukraine au Proche-Orient en passant par le Caucase, les conflits s’intensifient à la lisière de l’Union européenne. Les affrontements potentiels sont tout aussi évidents en Asie, notamment en mer de Chine, alors que Pékin fait monter la pression sur Taïwan. Les signaux annonciateurs de ce retour de la guerre étaient bien réels depuis quelques années même si, trop longtemps, l’Europe – à commencer par Paris et Berlin – avait préféré ne pas les voir. Ce monde en plein chaos est marqué par l’affirmation de néoempires autoritaires et revanchistes qui, tels la Russie, la Chine, la Turquie ou l’Iran, sont décidés à remettre en question la domination occidentale sur le système international. Sortis d’un long sommeil, ces régimes veulent retrouver, au nom de leur grandeur passée, ce qu’ils estiment être leur place sur la scène mondiale.

Comment qualifier cette nouvelle donne ? « Nous sommes à la fois dans les années 1910 – celles de la compétition des empires –, dans les années 1930 – celles de la menace des Etats fascistes –, mais plus encore dans les années 1950 – celles de la guerre froide naissante », écrit Bruno Tertrais, qui précise : « Bienvenue dans la guerre tiède, troisième choc en cent ans entre le monde des autocraties et celui des démocraties, dans laquelle des Etats révisionnistes, insatisfaits du statu quo, seront responsables de conflits indirects et de crises majeures. » Le directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), juriste et politiste passionné d’histoire, reprend, non sans une volonté provocatrice, le titre du célèbre roman de science-fiction de H.G. Wells La Guerre des mondes pour nous obliger à nous confronter à cette réalité.

Si de nouveaux blocs se structurent, ceux-ci ne sont pas aussi figés que pendant la guerre froide. Bruno Tertrais préfère parler de « familles » où les différents acteurs jouent leur propre carte en fonction de leurs intérêts du moment. Un entre-deux qui n’est ni le monde bipolaire de la guerre froide, ni le monde multipolaire d’avant 1945. Dans ce nouveau grand jeu mondial, Moscou comme Pékin cherchent à attirer vers eux les pays du Sud global.

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« Le renforcement du couple sino-russe et la consolidation de l’Occident redonnent vigueur à la vieille distinction entre tellurocraties [la domination par les terres] et thalassocraties [par la mer], les premières incarnées par le projet eurasien de la Russie et les “routes de la soie” chinoises, et les secondes par l’ensemble euroatlantique désormais accompagné des Etats de l’Indo-Pacifique qui souhaitent que ce dernier reste libre et ouvert », note-t-il. En même temps, le politologue dresse le tableau d’un affrontement qui se joue sur tous les terrains y compris sous les océans, dans l’espace extra-atmosphérique ou dans le cyber.

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