La course contre la montre pour rapatrier Bogdan Ermokhin, orphelin de Marioupol déporté en Russie

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La commissaire russe aux droits de l’enfant, Maria Lvova-Belova, lors d’une conférence de presse au ministère des affaires étrangères, à Moscou, le 16 octobre 2023.

Une course contre la montre est engagée pour rapatrier Bogdan Ermokhin en Ukraine. L’adolescent, un orphelin déporté de Marioupol (Donbass) occupée en Russie, aura 18 ans dans quelques jours, le 19 novembre. Il a déjà reçu une convocation du bureau de recrutement militaire de l’armée russe, qui lui a donné rendez-vous le 19 décembre. Sa cousine, Valeria Poparcha, résidente d’Odessa et dorénavant sa tutrice légale, et son avocate ukrainienne, Kateryna Bobrovskaya, craignent de perdre le contact avec lui durant son service militaire et qu’il disparaisse dans les méandres de l’armée russe, voire qu’il soit mobilisé contre son gré pour combattre sur le front ukrainien.

Bogdan Ermokhin n’est pas un inconnu. Il appartient à un groupe d’enfants baptisés « les 31 de Marioupol », qui furent transférés d’un orphelinat de la ville conquise par l’armée russe en mai 2022 vers le centre Polyani, dans la région de Moscou. Ces 31 orphelins ukrainiens avaient été exhibés à la télévision à des fins de propagande par la commissaire aux droits de l’enfant de Moscou, Maria Lvova-Belova, qui a elle-même adopté l’un d’entre eux, Filip Golovnya. Bogdan Ermokhin a, pour sa part, ensuite été hébergé dans une famille d’accueil russe.

Moscou revendique d’avoir « accueilli » 744 000 enfants ukrainiens, accompagnés ou non, sur le sol russe. Kiev affirme de son côté avoir identifié 19 546 enfants relevant de cas de « déportation » et de « transfert forcé de population », en violation des conventions de Genève. Cette politique russe de déportation et de russification d’enfants ukrainiens, sous couvert d’évacuations humanitaires, a valu au président russe, Vladimir Poutine, et à Maria Lvova-Belova, d’être visés, le 17 mars, par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale de La Haye, chargée de juger des individus soupçonnés de « crimes de génocide », « crimes contre l’humanité » et « crimes de guerre ». A ce jour, seuls 386 enfants déportés en Russie ont pu être rapatriés en Ukraine, par leurs familles ou grâce à des associations humanitaires.

L’affaire Bogdan Ermokhin est sensible

Si le cas de Filip Golovnya est devenu célèbre parce qu’il a été adopté par l’architecte de cette politique de transfert d’enfants ukrainiens en Russie, celui de Bogdan Ermokhin est emblématique d’un autre point de vue. Ce dernier a en effet non seulement exprimé sa volonté de revenir en Ukraine, où il a une tutrice légale et des papiers en règle, mais le principe de son retour a été accepté, le 24 octobre, lors d’une conversation vidéo organisée par son avocate, à la fois par l’ombudsman pour les droits humains de Russie, Tatiana Moskalkova, et par sa mère d’accueil russe, Irina Rudnitskaya. Or, depuis ce rendez-vous, rien ne se passe, la communication avec lui est devenue presque impossible, et l’âge de sa majorité arrive.

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