Guerre Israël-Hamas : l’Allemagne face à sa « responsabilité » historique

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Le 13 mars 2008, Angela Merkel déclarait devant la Knesset que la sécurité d’Israël était, pour l’Allemagne, une « raison d’Etat ». Quinze ans plus tard, son successeur, Olaf Scholz, a repris la formule à la tribune du Bundestag, le 12 octobre, cinq jours après l’attaque terroriste du Hamas. « Il n’y a pour l’Allemagne qu’une seule place : être aux côtés d’Israël. C’est ce que nous voulons dire quand nous affirmons que la sécurité d’Israël est “raison d’Etat” pour l’Allemagne. Notre propre histoire, notre responsabilité née de l’Holocauste, nous impose de nous porter garants de l’existence et de la sécurité d’Israël. Cette responsabilité est notre boussole. »

Après les mots, les actes. Le 17 octobre, le chancelier allemand fut le premier chef de gouvernement étranger à se rendre en Israël après l’assaut du Hamas. Au soutien politique s’est ajoutée l’aide militaire. Celle-ci a bondi depuis le 7 octobre : en un mois, Berlin a donné son accord à 185 contrats d’exportations d’armements vers Israël, soit près de six fois plus qu’entre janvier et septembre, sans que cela suscite la moindre discussion. Le contraste est saisissant avec le débat qui a enflammé l’Allemagne au sujet des livraisons d’armes à l’Ukraine au lendemain de l’invasion russe du 24 février 2022. A l’époque, c’est avec une grande prudence et au prix de vives tensions avec sa majorité parlementaire que M. Scholz s’était décidé à rompre avec le principe selon lequel l’Allemagne n’expédie pas de matériel militaire dans des régions en guerre.

Depuis le 7 octobre, le gouvernement allemand ne convoque pas seulement l’histoire pour justifier son soutien à Israël. Il s’y réfère également pour légitimer son intransigeance en matière de lutte contre l’antisémitisme. Vu de Berlin, ce sont les deux faces d’une même médaille, comme l’a affirmé le vice-chancelier écologiste, Robert Habeck, le 1er novembre, dans une allocution très remarquée : « Notre relation particulière à Israël découle de notre responsabilité historique : c’est la génération de mes grands-parents qui a voulu détruire la vie juive en Allemagne et en Europe. La création d’Israël a ensuite été, après l’Holocauste, une promesse de protection faite aux juifs – et l’Allemagne a le devoir de faire en sorte que cette promesse soit tenue. C’est un fondement historique de notre République. Notre responsabilité vis-à-vis de l’histoire signifie également que les juifs d’Allemagne peuvent vivre librement et en sécurité. Qu’ils ne doivent plus jamais avoir peur d’afficher ouvertement leur religion et leur culture. Or c’est précisément cette peur qui est de retour aujourd’hui. »

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