En Belgique, une pollution massive des eaux aux PFAS fait scandale

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Une enquête de plusieurs mois menée par l’émission « Investigation », de la chaîne publique RTBF, et diffusée mercredi 8 novembre a révélé une lourde contamination des eaux de la Wallonie aux composés perfluoroalkylés et polyfluoroalkylés (PFAS), des produits chimiques très persistants, aux propriétés antiadhésives, imperméabilisantes et résistantes à la chaleur. Les autorités publiques et la Société wallonne de distribution des eaux (SWDE) étaient au courant, mais ont constamment minimisé le risque encouru, comme l’ont démontré les auteurs de l’enquête.

Au total, trente-six « points chauds » ont été détectés dans la région qui, étonnamment, semblait pourtant échapper jusqu’ici à toute pollution aux PFAS, selon la première cartographie européenne qui avait servi de base à l’enquête « Forever Pollution Project » publiée notamment par Le Monde au début de l’année. L’enquête avait recensé quelque 17 000 hot spots européens requérant l’attention (ceux où étaient relevés plus de 10 nanogrammes par litre d’eau) et 2 100 autres atteignant des normes jugées dangereuses pour la santé, soit plus de 100 nanogrammes par litre, niveau retenu dans un projet de directive européenne qui entrera en vigueur en 2026.

Le Danemark a, lui, établi le seuil de dangerosité à 2 nanogrammes ; les Etats-Unis, à 4. Et cinq pays européens du Nord, emmenés par les Pays-Bas, militent désormais pour une interdiction totale de ces « polluants éternels », ce qui a déclenché, à Bruxelles, une vaste mobilisation des lobbys de la chimie.

Plusieurs situations inquiétantes

La Wallonie n’était, en réalité, pas préservée des PFAS mais n’a visiblement pas communiqué les informations qu’elle détenait. Y compris quand elle a, par exemple, été alertée, dès 2018, par l’armée américaine, qui dispose d’une base à Chièvres, dans la province du Hainaut. A la suite d’une contamination résultant de l’usage de mousses anti-incendie, les militaires américains n’ont plus consommé que de l’eau en bouteille mais les habitants de la région n’ont, eux, pas été avertis par les autorités régionales. Pas plus que les maires des localités concernées, dont certains confient aujourd’hui qu’ils sont « en rage ». Chièvres a fermé un château d’eau ; la ville d’Ath a interdit la consommation d’eau dans une école.

Douze mille habitants proches d’Ath ont, en fait, consommé de l’eau contaminée durant au moins dix-huit mois. La présence de PFAS dépassait, semble-t-il, de trois à six fois la future norme européenne, mais « l’eau était potable », soutient le porte-parole de la Société wallonne des eaux (SWDE), invoquant le fait que la norme européenne de 100 nanogrammes par litre n’est pas encore en vigueur, tandis que la ministre régionale de l’environnement, Céline Tellier, membre du parti Ecolo, a soutenu à diverses reprises que les niveaux de pollution relevés étaient « rassurants ». Elle sera sur la sellette mardi 14 novembre, lors d’un débat extraordinaire convoqué au Parlement régional. Dans l’intervalle, elle aura rencontré les dirigeants de la SWDE afin de « faire toute la lumière sur le processus de communication qui semble avoir manqué à l’époque ».

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