En Arabie saoudite, les footballeurs africains cherchent une nouvelle carrière

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L’attaquant sénégalais d’Al-Nassr, Sadio Mané, à Doha, le 7 novembre 2023.

La spectaculaire offensive des clubs saoudiens en Europe durant le mercato estival a permis d’attirer dans ce championnat, dont le Portugais Cristiano Ronaldo était jusqu’ici la principale attraction, des joueurs africains de très haut niveau. Il s’agit notamment des Sénégalais Sadio Mané (31 ans, Al-Nassr) et Kalidou Koulibaly (32 ans, Al-Hilal), de l’Algérien Riyad Mahrez (32 ans, Al-Ahli), du Marocain Yassine Bounou (32 ans, Al-Hilal) ou de l’Ivoirien Franck Kessié (26 ans, Al-Ahli), débauchés respectivement au Bayern Munich, à Naples, à Manchester City, au FC Séville et au FC Barcelone. Leur motivation est évidente : ceux-ci bénéficient de salaires qu’ils n’auraient jamais touchés en Europe.

Alors qu’un tiers du championnat a été disputé, le bilan des joueurs africains est largement positif, puisque onze d’entre eux font partie des vingt meilleurs buteurs. Sadio Mané a marqué six buts, un de plus que Riyad Mahrez. D’autres joueurs moins connus, tels le Zambien Fashion Sakala (Al-Feiha) ou le Camerounais Georges-Kévin N’Koudou (Damac), ont également réussi leur intégration dans l’une des ligues désormais les plus observées du monde.

Pionnier, Marcel Tisserand, le défenseur international de la République démocratique du Congo, avait rejoint le championnat saoudien en 2022, en s’engageant avec Al-Ettifaq, l’un des cinq clubs les plus riches clubs du pays. Il ne s’attendait pas cependant à un tel afflux de joueurs étrangers, dont vingt-huit Africains, lors du dernier mercato estival.

« J’ai été surpris. Après la signature de Cristiano Ronaldo à Al-Nassr en janvier, je pensais qu’il y aurait des arrivées, mais pas autant ! Je n’imaginais pas que Sadio Mané, Neymar, Jordan Henderson ou Karim Benzema viendraient jouer en Arabie saoudite dès cet été. Certains clubs – Al-Nassr, Al-Hilal, Al-Ittihad, Al-Ettifaq, Al-Ahli – ont davantage bénéficié de l’aide du gouvernement pour recruter des stars et leur offrir des salaires très élevés », note l’ancien joueur de Monaco, Wolfsburg et du Fenerbahce Istanbul.

Tirer le championnat saoudien vers le haut

L’arrivée massive de ces footballeurs, qui pour la plupart évoluaient récemment dans les meilleurs championnats européens, a contribué à élever le niveau dans le royaume saoudien. « Sadio Mané, Ryad Mahrez, Kalidou Koulibaly ou Franck Kessié, pour ne citer qu’eux, avaient encore largement le niveau pour jouer au plus haut niveau et disputer la Ligue des champions. Ils sont arrivés en grande forme, motivés, et ils font partie de ceux qui tirent le championnat saoudien vers le haut », poursuit Marcel Tisserand. Le championnat saoudien était déjà considéré comme l’un des meilleurs d’Asie, avec ceux du Japon et de Corée du Sud, avant l’onéreuse opération séduction des clubs locaux.

L’entraîneur français Denis Lavagne, désormais à la tête d’Al-Jabalain, un club de ligue 2, a pu mesurer l’impact de ces joueurs venus d’Europe lors des matchs de la Saudi Pro League qu’il suit à la télévision, mais également lors du récent affrontement perdu en Coupe entre son équipe et Al-Hilal.

« Yassine Bounou et Kalidou Kouylibaly ont joué et ils étaient à leur meilleur niveau, très motivés. Quand je regarde Sadio Mané avec Al-Nassr, je n’ai pas l’impression de voir évoluer quelqu’un venu se la couler douce et prendre son argent sans faire beaucoup d’efforts », explique l’ancien sélectionneur du Cameroun. « Contrairement à ce que des gens peuvent penser, l’Arabie saoudite est un vrai pays de football, poursuit-il. Il y a du monde dans les stades qui sont souvent modernes, la presse est présente. Les joueurs disposent de bonnes conditions de travail et les Saoudiens attendent d’eux qu’ils soient performants. »

Le niveau d’exigence est en effet monté d’un cran depuis la politique de recrutement massif décrétée par les autorités du pays. « Oui, les salaires sont très intéressants, mais ce serait une erreur de croire que le football en Arabie saoudite c’est de l’argent facile, souligne l’international tunisien Naïm Sliti, qui a évolué quatre ans à Al-Ettifaq avant de rejoindre Al-Arabi (Qatar) en juillet. Si un joueur étranger donne l’impression d’être en vacances, il va vite être mis à l’écart par ses coéquipiers saoudiens et le club ne le gardera pas. » Les sommes considérables dépensées, que ce soit pour le recrutement, les salaires, les primes et les avantages en nature, ne vont pas sans contreparties.

« Des footballeurs très concernés »

Denis Lavagne, qui avait déjà entraîné le club de Najran en 2014 en est également persuadé : « Star ou pas star, si un joueur ne fait pas les efforts, ils commenceront par ne plus le faire jouer et, s’il ne comprend pas, ils s’en sépareront. Ils en ont les moyens. »

Une analyse partagée par Marcel Tisserand, qui conteste les préjugés sur la Saudi Pro League : « Que le championnat saoudien ne soit pas du même niveau que ceux d’Angleterre, d’Allemagne, de France ou d’Espagne, c’est une évidence. Mais quand j’entends parler de placard doré, je ne suis pas d’accord. Les joueurs sont motivés et quand je regarde les matchs de Mané, Mahrez ou d’autres, je vois des footballeurs très concernés. D’ailleurs, ils ont tous conservé leur place dans leurs sélections nationales depuis leur arrivée dans le Golfe ! »

Les performances de la grande majorité des joueurs africains à avoir été recrutés pendant l’été par des clubs saoudiens indiquent déjà qu’ils se sont rapidement adaptés à leur nouveau cadre de vie. Mais l’Arabie saoudite peut également être un choix confessionnel pour certains joueurs musulmans.

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Ainsi, l’attaquant français Karim Benzema a expliqué, après avoir quitté le Real Madrid pour Al-Ittihad – et un salaire mensuel de 16,7 millions d’euros –, qu’en tant que « musulman, c’est important de vivre dans un pays musulman ». L’ancien international marocain Abdeslam Ouaddou, qui avait terminé sa carrière au Qatar en 2012, n’est pas surpris par les explications du Ballon d’or 2022 : « Choisir un pays du Golfe comme l’Arabie saoudite, c’est la possibilité de très bien gagner sa vie, d’évoluer dans un bon championnat et de pouvoir mêler sport de haut niveau et pratique de sa religion, notamment en période de ramadan. » A cette période, la Saudi Pro League est en effet suspendue.

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