Le rejet de l’antisémitisme n’est pas négociable

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La multiplication des actes antisémites en France − plus de 1 000 recensés depuis l’éclatement du conflit entre le Hamas et Israël − appelle un sursaut collectif qui n’a que trop tardé. La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, et son homologue du Sénat, Gérard Larcher, en ont finalement pris l’initiative mardi 7 novembre. Ils ont appelé à une marche civique contre l’antisémitisme, dimanche 12 novembre, « unissant tous ceux qui se reconnaissent dans les valeurs de la République ».

Le parcours symbolique reliera les deux Assemblées, du quai d’Orsay au Luxembourg, à Paris. Aucune prise de parole ne sera organisée, afin d’éviter toute tentative de récupération politique. Le message de ces deux hauts personnages de l’Etat, élus sous des étiquettes différentes − l’une Renaissance, l’autre Les Républicains −, se veut le suivant : lorsque l’essentiel est en jeu, que la fraternité est mise à mal, c’est la République tout entière qui est menacée. Elle doit faire bloc. La première ministre, Elisabeth Borne, participera à cette marche, au côté d’autres membres du gouvernement et de la quasi-totalité des forces politiques du pays…

La lecture dangereuse de Mélenchon

La justesse de la cause n’exclut pas les calculs politiques. Le Rassemblement national (RN) se veut désormais le défenseur le plus zélé des Français juifs, bien qu’héritier du Front national de Jean-Marie Le Pen, coutumier des propos antisémites et condamné pour provocation à la haine raciale et négationnisme. Mardi, son parti a été l’un des premiers à répondre à l’appel à manifester contre l’antisémitisme, y voyant le moyen de se blanchir de son passé trouble. Interrogé Il y a quelques jours sur BFM-TV, le président du RN, Jordan Bardella, est allé jusqu’à nier l’antisémitisme de Jean-Marie Le Pen. La présence annoncée de M. Bardella dans le cortège au côté de Marine Le Pen, celle confirmée d’Eric Zemmour et de Marion Maréchal ont suscité un grand trouble.

A juste titre, Emmanuel Macron a mis en garde ceux qui « prétendent soutenir nos compatriotes de confession juive en confondant le rejet des musulmans et le soutien des juifs ». Le Parti socialiste, le Parti communiste et Europe Ecologie-Les Verts ont publié un communiqué commun pour appeler « largement les citoyennes et les citoyens » à participer à la marche. Les partis de gauche proposent de réaliser « un cordon républicain » pour se distinguer du RN et des autres forces d’extrême droite. De leur côté, Yaël Braun-Pivet et Gérard Larcher ont précisé qu’ils « défileront en tête de ce cortège », mais « pas à côté du Rassemblement national ».

La France insoumise a fait un choix plus radical, annonçant qu’elle ne participerait pas au défilé du 12 novembre, en raison de la présence du RN. Dans un tweet publié mardi, Jean-Luc Mélenchon est allé beaucoup plus loin, invoquant une autre raison. Il a condamné l’esprit même de la manifestation contre l’antisémitisme, l’assimilant à un « soutien inconditionnel » aux bombardements de l’armée israélienne sur Gaza et recherchant une nouvelle fois le clivage.

Cette lecture est non seulement absurde mais dangereuse. Elle revient à communautariser la société en reproduisant l’antagonisme entre Juifs et Arabes et en assimilant les Français juifs au gouvernement israélien. Elle aboutit par ricochet à relativiser la lutte contre l’antisémitisme, puisque les valeurs de citoyenneté et de fraternité ne sont plus convoquées. En ces temps brouillés, le défilé du 12 novembre apparaît comme une indispensable piqûre de rappel : le rejet de l’antisémitisme n’est pas négociable.

Le Monde

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