Jean-Marie Guéhenno, ancien diplomate : « La situation en Ukraine et en Palestine risque de faire perdre aux Européens le respect d’eux-mêmes et celui des autres »

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Cette fin d’année est un double test pour l’Europe. En Ukraine, la perspective d’une victoire sur la Russie s’éloigne, et les Européens, qui en auraient les moyens, ne semblent pas prêts, politiquement et matériellement, à prendre le relais des Etats-Unis si, comme c’est de plus en plus probable, le soutien américain diminue ou s’arrête. Au Moyen-Orient, l’Europe, incapable de se rallier à une position commune sur Gaza, a étalé ses divisions aux Nations unies.

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Cette double débâcle risque de sceller la fin de l’Europe géopolitique : l’Union européenne (UE) entretient l’illusion que l’importance de son marché, auquel le reste du monde veut accéder, pourrait suffire à asseoir son influence. Mais il faudrait pour cela que l’Europe ait un cap stratégique qui donne du sens à ses actes. L’Europe existe quand elle est aussi une idée, une ambition universaliste qui plonge ses racines dans l’âge des Lumières. On peut certes en dire autant des Etats-Unis, mais avec une différence essentielle : même privés de leur soft power, les Etats-Unis sont de très loin la première puissance militaire, et ils trouvent naturellement leur place dans un monde de rapports de force où seuls comptent les grands fauves. Beaucoup à travers le monde n’aiment pas les Etats-Unis, mais ils n’osent l’ignorer.

Privés de leur soft power, les Européens ne sont pas grand-chose. L’Ukraine et la Palestine risquent de leur faire perdre le respect d’eux-mêmes et le respect des autres. L’UE est construite sur une idée simple : son fonctionnement interne est régi par le droit. Elle ne prétend certes pas imposer cette vision au reste du monde, mais peut-elle sérieusement conserver l’indispensable adhésion de ses citoyens et le respect du monde si elle montre qu’elle n’est prête à aucun sacrifice pour contribuer au respect, au-delà de ses frontières, de principes qu’elle prétend universels ?

En Ukraine, les Etats-Unis ont des raisons de déclarer « mission accomplie ». Les capacités militaires de la Russie sont durablement affaiblies, et l’Occident a fait la démonstration de sa capacité à mettre en place un paquet de sanctions significatif : la leçon n’est pas perdue pour la Chine, priorité stratégique de Washington.

Les Européens sont dans une tout autre situation : le risque d’une attaque militaire d’un pays membre de l’OTAN ou de l’UE par la Russie est certes bien mince, mais on peut être certain que cette dernière exploitera sur le plan politique une demi-défaite ukrainienne, semant le doute et la division dans des opinions européennes démoralisées. Quant aux pays qui rêvent de rejoindre l’UE, ils percevront l’abandon européen comme une trahison qui creusera un fossé difficile à combler entre une Union affaiblie et ses voisins.

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