Le rapport parlementaire sans concessions sur la politique de la France en Afrique

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Un militaire français à l’aéroport Diori-Hamani de Niamey, au Niger, le 2 août 2023.

Comment sauver la place de la France en Afrique ? Le rapport de la mission d’information parlementaire présenté mercredi 8 novembre en commission des affaires étrangères peut être lu comme un guide de survie en temps de crise. Face aux manifestations d’hostilité envers la politique française en Afrique, les députés Bruno Fuchs (Mouvement démocrate) et Michèle Tabarot (Les Républicains), corédacteurs du rapport de 175 pages, dissèquent cette lame de fond qui, alertent-ils, « risque de se propager sans que notre pays puisse réagir ».

Durant plusieurs mois, ils ont auditionné chefs d’Etat, diplomates et militaires, en France et en Afrique francophone – hors Maghreb –, pour sonder les ratés de Paris sur le continent. Et leur constat est implacable.

D’emblée, les deux députés pointent l’incohérence du discours français à l’égard des Etats africains. Si, dès son premier mandat, Emmanuel Macron a, comme ses prédécesseurs, promis de tourner la page des relations troubles de la Françafrique au profit d’une stratégie tournée vers les sociétés civiles, il n’a pas réussi à enterrer l’image d’une France alliée des régimes autoritaires. Sa présence aux obsèques d’Idriss Déby Itno, au Tchad en 2021, assis au côté de son fils et successeur, le général Mahamat Idriss Déby, a été perçue par les opinions africaines comme l’adoubement d’une transition familiale hors de toute légalité constitutionnelle.

La France s’est en revanche montrée inflexible face aux juntes au Mali, au Burkina Faso ou plus récemment au Niger, en refusant de reconnaître les nouvelles autorités militaires de ce pays. Une attitude qui rend, selon les auteurs du rapport, la doctrine française illisible. « Ne pas mettre fin à cette politique du double standard, c’est continuer à nourrir le scepticisme et le rejet, et à alimenter le fantasme d’un agenda français caché », notent-ils, préconisant une « juste distance ».

« Il faut poursuivre le plaidoyer sur nos valeurs démocratiques, mais ne pas s’ingérer dans les affaires intérieures. Sur la question LGBT notamment, qui est criminalisée dans de nombreux pays, arriver en disant que nous, Français, avons raison, qu’il faut se plier à nos valeurs, c’est accentuer le rejet. Quand nous traitons avec les Chinois, les Qataris ou les Saoudiens, nous ne faisons pas de leçon de morale sur la démocratie », explique Bruno Fuchs.

Prééminence des militaires sur les diplomates

De manière générale, les parlementaires regrettent une méconnaissance du continent chez les acteurs impliqués dans la politique française en Afrique. « Rares sont ceux qui comprennent vraiment l’Afrique dans sa subtilité », écrivent-ils, avant de fustiger une vision de l’Afrique teintée de « référentiels hérités de l’ère de la Françafrique et volontiers essentialistes ».

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