La junte birmane, en quête de devises étrangères, cherche à attirer les touristes

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Le personnel de la compagnie aérienne Nok Air lors du lancement du programme « Mingalarbar Myanmar », qui vise à promouvoir la Birmanie comme destination touristique auprès des Thaïlandais, au Chatrium Hotel Royal Lake, à Rangoun, le 23 septembre 2022.

La Birmanie n’est pas qu’une dictature militaire, où près de 20 000 prisonniers politiques sont enfermés, pour la plupart torturés. C’est aussi un « monde de lumière, d’art, de légendes vivantes, de calme retrouvé qui porte à la sérénité », peut-on lire sur le site Internet de l’agence Clio, installée à Paris et spécialisée dans les voyages culturels, qui y organise un séjour en janvier 2024. Au programme : une visite de Pagan et de ses « 10 000 pagodes » ou une balade sur le fleuve Irrawaddy.

Près de trois ans après le coup d’Etat militaire du 1er février 2021, qui a renversé la Prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, la junte, en quête de devises étrangères, cherche à attirer les touristes du monde entier. Sur l’année fiscale 2022-2023, qui se termine en mars, le pays a accordé près de 370 000 visas touristiques, soit une hausse de 187 % par rapport à l’année précédente. Des visiteurs pour la plupart originaires de Chine, de Russie, d’Inde et du Moyen-Orient. Un chiffre encore très éloigné des quatre millions de touristes accueillis chaque année avant la pandémie de Covid-19.

Lors du salon IFTM-Top Resa, destiné aux professionnels du secteur et organisé à Paris du 3 au 5 octobre, des agences de tourisme au pavillon thaïlandais – il n’y avait pas de stand birman – ont fait discrètement la promotion de la Birmanie. Sur les réseaux sociaux, la fédération française Les Entreprises du voyage a même publié des photos du pays, avant de les retirer, sans donner d’explication.

Besoin de financements militaires

L’organisation non gouvernementale (ONG) française Info Birmanie s’inquiète que cette promotion du tourisme « normalise la situation dans le pays tout en légitimant la junte », selon sa coordinatrice, Johanna Chardonnieras, qui s’est étranglée à la lecture d’un article publié par Le Figaro, le 19 février, intitulé « Quand partir en Birmanie ? Météo, climat… Les meilleures périodes par région ».

L’ONG a saisi, en mars, le Conseil de déontologie journalistique et de médiation pour dénoncer une « déclinaison de la propagande publicitaire que la junte militaire déploie actuellement, en vue de faire d’un pays à feu et sang une destination touristique ». La saisine a finalement été déclarée non fondée et Le Figaro a ajouté un paragraphe de contexte sur le coup d’Etat de 2021, en précisant que tout voyage sur place était « déconseillé ». « Cet article fait partie d’une longue liste de publications génériques dont la vocation est simplement de proposer des services pratiques, comme les meilleures dates de séjour, sur le maximum de destinations dans le monde », relativise Marc Feuillée, le directeur général du groupe Le Figaro, ajoutant que celui-ci n’« avait été commandé par aucun office du tourisme ».

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