« Les violences bien réelles qui minent déjà notre société devraient nous inviter à ne pas en importer d’autres de l’étranger »

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La punition collective appliquée à Gaza par les autorités israéliennes au nom de la légitime défense produit des images insoutenables. Notre colère est aussi grande que notre impuissance face à l’horreur. En Israël même, des voix s’expriment pour appeler à cesser le feu. Mais la spirale d’inhumanité est enclenchée, et d’autres voix répondent aux menaces de destruction du Hamas par des appels au nettoyage ethnique.

Face à l’horreur, difficile de dire quelle devrait être la posture idéale. Ce n’est en tout cas pas de prétendre que la violence des uns justifie celle des autres. Ni de déshumaniser préalablement certaines victimes, que ce soit les Palestiniens, qui seraient des terroristes par nature, prêts à faire de leurs propres enfants des boucliers humains, ou que ce soit les Israéliens en voyant en chacun d’eux un colon sans âme, un diable impie et impitoyable.

Rappelons que la déshumanisation de l’autre fut la méthode permettant de justifier moralement l’extermination du peuple juif, ainsi que l’analyse la philosophe Hannah Arendt. De sorte qu’on ne tue plus des humains, mais des chiens, des punaises, des bêtes infernales. La guerre serait alors réputée propre, parce qu’elle reviendrait à une opération hygiénique, un nettoyage comme disent déjà certains.

La posture républicaine authentique consiste à sortir du cercle vicieux de la vengeance qui aboutit à la logique de la désinfection. Pour cela, il faut d’abord admettre la pleine humanité de l’autre. Il faut ensuite reconnaître, si l’on peut dire, la réciprocité des crimes. Et s’abstenir de croire que la tuerie discriminante des uns est sale, tandis que le massacre indiscriminé des autres est propre. D’un côté on tuerait intentionnellement des enfants, et de l’autre on les massacrerait par inadvertance. Ce qui revient à affirmer qu’il faudrait préférer la violence massive d’Israël à la violence artisanale du Hamas.

Politique responsable

En fait, il convient de mettre les violences à égalité pour n’en préférer aucune. Pour cela, il faut d’abord travailler contre soi, contre sa propre inertie identitaire amplifiée par l’émotion. Après ce travail contre soi, il faut travailler avec soi : croire en ses propres principes, en l’occurrence pour nous Français, croire dans ce que nous appelons la République, et se comporter en citoyens responsables. Lorsque l’on croit vraiment en soi, on n’a pas à prendre parti pour un crime en vue d’en absoudre un autre.

On n’entre pas dans la guerre des identités qui se déclinent aujourd’hui partout comme le symptôme d’un manque de confiance en nos propres valeurs. La défense identitaire, c’est ce qui reste lorsque l’on n’est plus capable de croire en ses propres principes. Lorsqu’un religieux ne croit plus vraiment en son propre Dieu, en sa bonté, en sa magnanimité, quelle que soit son appartenance religieuse, il fait alors de sa religion une identité à défendre. Celui qui a foi en ce qui le dépasse, que ce soit Dieu ou la République, n’a pas besoin du substitut identitaire.

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