Côte d’Ivoire : Guillaume Soro, ennemi intime du président Ouattara, refait parler de lui

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L’ancien premier ministre ivoirien Guillaume Soro, lors d’une conférence de presse à l’hôtel Bristol, à Paris, le 17 septembre 2020.

Le mystère s’épaissit autour de l’homme le plus recherché de Côte d’Ivoire, Guillaume Soro, insaisissable depuis près de quatre ans. Le pouvoir ivoirien a-t-il tenté de l’arrêter à Istanbul ? C’est ce qu’affirme l’entourage de l’ancien premier ministre dans un communiqué publié vendredi 3 novembre.

« Une escouade de policiers ivoiriens dirigée par la procureure générale près la Cour d’appel d’Abidjan, Mme Nayé Henriette, épouse Sori, est actuellement en Turquie pour procéder à l’enlèvement et à l’extradition de M. Guillaume Kigbafori Soro » à l’aéroport international d’Istanbul, indique le texte signé de Moussa Touré, le responsable de la communication de son mouvement politique, Générations et Peuples solidaires (GPS). Une opération qui aurait été menée « en collaboration avec les autorités turques », précise-t-il.

Immédiatement, l’information a été catégoriquement démentie par le gouvernement ivoirien, qui assure qu’aucune mission de ce genre n’a été menée, d’autant que la Côte d’Ivoire ne dispose pas d’accord d’extradition bilatéral avec la Turquie. Et pour appuyer son propos, le ministère de la justice a diffusé le même jour un compte rendu de l’audience solennelle de rentrée judiciaire de la Cour d’appel d’Abidjan, dirigée par… Henriette Nayé Sori. Samedi matin, comme pour clore l’affaire, le chargé de communication de GPS assurait que Guillaume Soro était « désormais hors de danger ».

Après son retour manqué à Abidjan, en décembre 2019, il s’était installé à Paris jusqu’à la fin de l’année 2020, avant d’y être jugé indésirable à la suite de son appel au coup d’Etat après la réélection d’Alassane Ouattara, en novembre 2020. Depuis, il semble sillonner le monde : Belgique, Suisse, Turquie, Chypre, Dubaï… Selon un post de Moussa Touré sur X (ex-Twitter), le vol TK717 de Turkish Airlines que Guillaume Soro devait prendre jusqu’à Istanbul provenait de New Delhi.

Tueurs à gages

Fugitif ? Exilé ? Son statut dépend de quel côté l’on se place. Depuis le 23 décembre 2019, l’ancien premier ministre est visé par un mandat d’arrêt international émis par la justice ivoirienne pour « tentative d’atteinte à l’autorité de l’Etat et à l’intégrité du territoire national ».

Mais le mandat n’a pas été suivi, comme il est souvent d’usage, d’une notice rouge de l’Organisation internationale de police criminelle (Interpol), alors que la justice l’a condamné en 2020 à vingt ans de prison par contumace. Une sanction alourdie en emprisonnement à perpétuité en juin 2021 par la cour d’assises d’Abidjan, qui l’a jugé coupable d’« atteinte à la sûreté de l’Etat » pour avoir fomenté en 2019 une « insurrection civile et militaire » visant à renverser le régime. Guillaume Soro est également visé par une information judiciaire pour « détournement de deniers publics, recel et blanchiment de capitaux portant sur la somme de 1,5 milliard de francs CFA » (environ 2,3 millions d’euros).

Depuis lors, son entourage dénonce régulièrement des tentatives d’enlèvement ou d’assassinat. Le 12 octobre 2019, il aurait échappé à des policiers espagnols à son hôtel de Barcelone, policiers qui auraient été envoyés sur ordre d’Alassane Ouattara. En décembre de la même année, il annonce sur ses réseaux sociaux que le jet privé qui aurait dû le ramener en Côte d’Ivoire a dû se détourner vers le Ghana pour éviter un « assaut » à l’aéroport d’Abidjan. Sur sa chaîne YouTube, il dit encore avoir échappé à deux tueurs à gages que lui aurait envoyés en Turquie l’ancien premier ministre Hamed Bakayoko, aujourd’hui décédé, contre la promesse de 2 milliards de francs CFA.

Liens avec la Russie

Guillaume Soro a pourtant été un allié d’importance pour Alassane Ouattara, qu’il a soutenu militairement lors de la crise post-électorale de 2010-2011, mettant à son service les forces armées qu’il dirigeait. L’ex-chef rebelle est ensuite devenu un pilier du régime, d’abord comme premier ministre (2011-2012) puis à la présidence de l’Assemblée nationale (2012-2019).

Mais Alassane Ouattara ne pardonne pas à celui qu’il appelait un temps son « fils » son rôle trouble dans les mutineries de janvier et mai 2017. Un stock d’armes avait notamment été découvert à Bouaké chez son directeur du protocole, Souleymane Kamagaté Koné – dit « Soul to Soul » –, depuis emprisonné. La méfiance est devenue rupture lorsque Guillaume Soro, comprenant que le chef de l’Etat ne le désignerait pas comme son successeur, a démissionné en 2019 de la présidence de l’Assemblée après avoir refusé de rejoindre le nouveau parti d’Alassane Ouattara, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Il est depuis suspecté par les renseignements ivoiriens de tenter régulièrement de déstabiliser le régime, grâce notamment aux liens qu’il entretient avec la junte malienne et le pouvoir russe.

Si un épais brouillard entoure aujourd’hui l’avenir de Guillaume Soro, celui-ci conserve cependant des partisans dans son pays. Quatre membres de son mouvement ont remporté les élections municipales de septembre 2023 en se présentant comme candidats indépendants dans quatre localités du nord. Pour le politologue Sylvain N’Guessan, le communiqué de GPS est « une manière de revenir dans les débats et de susciter l’attention ». En attendant un retour encore très incertain dans l’arène politique ivoirienne.

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