L’Allemagne et les Etats-Unis relancent les plans d’évacuations d’Afghans

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Trois réfugiés afghans et un agent de sécurité de la Bahnhofsmission, organisation caritative d’aide aux voyageurs, à la gare centrale de Francfort (Allemagne), le 11 octobre 2023.

Même les pires ennemis se parlent. Alors qu’une grande part de la communauté internationale voue aux gémonies un régime taliban de retour à Kaboul depuis le 15 août 2021, et que les islamistes afghans ferment leur pays à double tour, les deux camps continuent de s’entendre.

Le pouvoir taliban a accepté, en toute discrétion, au cours de l’été, d’ouvrir de nouveau les vannes des évacuations d’Afghans, notamment vers l’Allemagne et les Etats-Unis. Un appel d’air qui pourrait profiter à des centaines de milliers de personnes. Les vols, qui ont repris depuis la fin septembre, transitent essentiellement par le Qatar.

Selon nos informations, Berlin veut accueillir mille personnes par mois pendant vingt mois, auxquelles il faut ajouter le conjoint et les enfants. Washington a déjà lancé, pour sa part, l’examen d’environ 175 000 dossiers de demandeurs d’asile et de réfugiés. Les calculs du département d’Etat américain, qui intègrent aussi la prise en charge de « quatre membres de la famille [un conjoint et trois enfants] », estiment à plus de 500 000 le nombre d’Afghans qui pourraient ainsi bénéficier de l’accord trouvé avec les talibans, sachant que toutes les demandes ne sont pas nécessairement satisfaites.

Du printemps jusqu’au milieu de l’été, les départs vers l’Occident s’étaient largement taris. Ceux d’Afghanistan pour les pays voisins, surtout le Pakistan et l’Iran, ne se faisaient qu’au cas par cas. Les talibans avaient interrompu les contacts au motif que les dossiers soumis étaient truffés d’irrégularités et souvent montés, disaient-ils, grâce à la corruption. Parfois même, des officiers ou soldats talibans comptaient parmi les bénéficiaires des pots-de-vin.

Passer à la vitesse supérieure

Tout s’est débloqué lors de la rencontre, les 30 et 31 juillet, à Doha, au Qatar, entre une délégation de diplomates américains de haut niveau et des responsables talibans afghans. Les Etats-Unis réactivaient alors un canal rompu après la décision des islamistes, le 21 décembre 2022, d’interdire l’accès des universités aux étudiantes afghanes.

A l’issue de la réunion, le département d’Etat avait assuré qu’il s’agissait seulement de dénoncer « la répression des droits des femmes en Afghanistan ». En réalité, sécurité régionale et évacuations d’Afghans figuraient aussi à l’agenda. Les talibans souhaitaient que cela reste confidentiel, car publiquement ils vantaient la reconstruction d’un pays réconcilié.

Les Etats-Unis entendent donner un coup d’accélérateur à leur programme d’évacuations d’Afghans ayant œuvré directement pour leurs intérêts ou pour des organismes financés par des fonds américains. S’ils ont évacué 124 000 personnes jusqu’à leur départ définitif, fin août 2021, ils ont, depuis l’automne 2021, accueilli 24 000 nouveaux arrivants, selon les chiffres de l’Inspecteur général spécial pour la reconstruction de l’Afghanistan (Sigar), chargé par le Congrès américain de veiller sur l’emploi des fonds américains dans ce pays.

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