En Turquie, l’opposition tourne la page Kiliçdaroglu avec l’élection de Özgür Özel, candidat « au changement »

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Özgür Özel, nouveau président du Parti républicain du peuple, lors du congrès annuel du parti, à Ankara (Turquie), le 4 novembre 2023.

La Turquie a ouvert, dimanche 5 novembre, tôt dans la nuit, une nouvelle page de son histoire récente : une page sans Kemal Kiliçdaroglu. Agé de 74 ans, le président du Parti républicain du peuple (CHP), la principale formation d’opposition du pays, a été déchu de son mandat après une longue journée de débats et un vote houleux des délégués du parti rassemblés à Ankara pour leur congrès annuel.

Treize ans après avoir pris les rênes de la formation créée par Atatürk, le fondateur de la République, l’homme que l’on a longtemps surnommé « l’anti-Recep Tayyip Erdogan » pour son ton optimiste et bienveillant, soucieux de rapprocher plutôt que de diviser, paie au prix fort sa défaite électorale au second tour de la présidentielle, en mai, face à l’indéboulonnable président, mais aussi son refus d’admettre, depuis, son échec, et de laisser la place à une nouvelle génération de dirigeants.

« Remodeler la politique turque »

Au congrès, les délégués ont voté, après deux tours, en faveur d’Ozgür Ozel, 49 ans, député, ancien pharmacien et encore peu connu du grand public. Originaire de la ville de Manisa, près d’Izmir, un bastion de l’opposition à Erdogan, celui qui s’est présenté comme le candidat du « changement » a remporté, vers 2 heures du matin, le scrutin final, par 812 voix, contre 536 pour son adversaire. Soutenu par le populaire maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, il a mis en avant, lors de son intervention devant les délégués, sa volonté de « remodeler la politique turque ». Interrompu bruyamment par les partisans du chef de file sortant, ce qui nécessité l’intervention d’Imamoglu, Ozgür Ozel a dit « refuser de faire comme si de rien n’était après les élections perdues et ne pas assumer la responsabilité de cette lourde défaite [à la présidentielle] ».

Très remonté, lui aussi, Kemal Kiliçdaroglu a affirmé, de son côté, avoir « dû se présenter aux élections avec des poignards dans le dos », une allusion aux tensions internes au bloc des six partis d’opposition qu’il a rassemblés avant la présidentielle, mais aussi aux tiraillements sur sa candidature au sein même de son propre parti. « Nous avons vu du feu et de la trahison, a-t-il regretté. A peine les élections terminées, et avant même d’avoir pu respirer, les discussions sur le changement ont surgi.  »

Amer, Kemal Kiliçdaroglu a également tenu à répondre aux critiques croissantes, après son échec, sur son virage ultranationaliste entre les deux tours, où il s’était lancé dans une soudaine surenchère anti-immigrés : « Ceux qui disent que le parti s’est déplacé vers la droite, ne savent pas ce qu’est la droite ou la gauche. Je le répète, le CHP est le parti du peuple, vous connaissez mon parcours. » Comme son adversaire du soir, il a salué avec insistance plusieurs personnalités emprisonnées par le pouvoir actuel, dont le dirigeant kurde Selahattin Demirtas et le philanthrope Osman Kavala.

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