Gaza : la guerre jusqu’à quel prix ?

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Au vingt-huitième jour de la guerre qui oppose Israël au Hamas à Gaza, l’opération envisagée par son armée prend corps. Elle se traduit par des incursions de plus en plus profondes dans l’étroite bande de terre, qui se concrétisent désormais par l’encerclement revendiqué de la ville de Gaza, accompagnées par des frappes massives visant les infrastructures des milices palestiniennes. C’est ainsi que l’Etat hébreu entend user de son droit à se défendre après les massacres de civils israéliens perpétrés le 7 octobre. Il s’agit, selon les autorités israéliennes, de répondre à la terreur non pas par la quête d’une vengeance à tout prix, mais par un objectif militaire : la destruction du Hamas. « Rien ne nous arrêtera », a assuré, le 2 novembre, le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou.

Trois obstacles majeurs se dressent pourtant devant lui. Le premier est le plus évident : il s’agit de l’imbrication des infrastructures militaires du Hamas dans le tissu urbain de Gaza, qui est par ailleurs l’une des zones les plus densément peuplées de la planète. Les miliciens se servent de la population civile gazaouie comme d’un bouclier humain, ce qui constitue un crime de guerre. Mais les bombardements effectués selon des critères de proportionnalité strictement israéliens exposent l’Etat hébreu à la même accusation. Le double bombardement du camp de réfugiés de Jabaliya, assumé par les militaires israéliens, en est la manifestation la plus évidente. Ces frappes massives et répétées ont déjà entraîné la mort de milliers de personnes, plus que le total des quatre premières guerres israéliennes à Gaza.

Le deuxième obstacle concerne les conditions de survie des Palestiniens dans un territoire sous blocus depuis 2007. L’aide humanitaire acheminée à grand-peine par le point de passage de Rafah, à la frontière de Gaza et de l’Egypte, ne peut en aucun cas répondre aux besoins essentiels d’une population de plus de 2 millions de personnes, sans même parler d’approvisionnement des zones dans lesquelles opère l’armée israélienne.

Sur le terrain choisi par le Hamas

La troisième difficulté réside dans la présence inédite d’au moins 240 otages capturés le 7 octobre, actuellement aux mains du Hamas. Ces otages sont très probablement retenus dans les tunnels qui constituent la principale cible des bombardements israéliens.

La somme de ces obstacles, auxquels s’ajoute le retentissement mondial des images du calvaire des civils de Gaza, voire le risque d’un embrasement régional, ne plaide pas pour la poursuite de la riposte israélienne telle qu’elle a été élaborée. En persistant dans cette offensive coûteuse en vies humaines palestiniennes, l’armée israélienne se retrouve de fait sur le terrain choisi par le Hamas. Comme lors des incursions précédentes, nul doute que ses infrastructures et ses miliciens sont déjà durement touchés et le seront plus encore, mais l’éradication promise par les autorités israéliennes supposerait une campagne de plusieurs mois, étendue à la totalité de Gaza.

Tant qu’Israël n’a pas indiqué clairement comment ravitailler en urgence une population plongée dans le plus grand dénuement, comment sauver le plus grand nombre d’otages et ce à quoi pourrait ressembler un « jour d’après », il ne peut faire l’économie d’une question simple : en quoi la destruction d’une partie de Gaza et la mort de milliers de civils servent-elles ses intérêts ?

Le Monde

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