Anne Krueger : « L’inflation a peut-être atteint un sommet aux Etats-Unis, mais l’interventionnisme a encore de beaux jours devant lui »

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On dit que si l’on met une grenouille dans de l’eau bouillante, elle en sort immédiatement ; mais si on la met dans l’eau froide et que l’on augmente progressivement le feu, elle ne réagit pas et finit par mourir ébouillantée. Il peut arriver la même chose aux économies.

Tant l’inflation que les politiques dites « industrielles » – par le biais de tarifs douaniers, de contrôle des prix, de subventions, d’impôts et de réglementations sectorielles – introduisent des distorsions dans l’économie et entraînent une baisse de la croissance. Mais l’inflation déclenche une réaction rapide. Phénomène généralisé à l’ensemble de l’économie, elle prend de l’ampleur au fur et à mesure que les agents économiques cherchent, les uns après les autres, à rétablir ou à augmenter leurs rendements réels.

Néanmoins, à un certain moment, les gens commencent à s’y opposer. Dès lors, à mesure que le taux d’inflation augmente, la pression exercée sur les décideurs politiques pour qu’ils le réduisent par des mesures macroéconomiques plus strictes s’intensifie. Une fois l’inflation maîtrisée, la croissance peut reprendre.

En revanche, l’impact des tarifs ciblés et des mesures sectorielles à un moment donné, ou dans un secteur donné de l’économie, est relativement faible. Bien que ces interventions contribuent aux pressions inflationnistes, réduisent la flexibilité de l’économie et affaiblissent la croissance, elles sont généralement moins remarquées qu’une poussée d’inflation, de sorte qu’il est peu probable que le public les rejette.

En outre, la perspective d’abaisser un tarif ou de supprimer une subvention se heurte généralement à une forte résistance de la part de l’industrie concernée. Ainsi, alors que la lutte contre l’inflation est un impératif politique, il est politiquement difficile de revenir sur des mesures sectorielles.

Les Etats-Unis illustrent aujourd’hui cette dynamique. L’administration Biden a soutenu la Réserve fédérale américaine dans ses efforts pour freiner la hausse des prix. Mais elle a également fortement augmenté les dépenses publiques avec la loi sur la réduction de l’inflation (IRA) et a introduit ou maintenu de nombreuses réglementations sectorielles, dont la plupart sont inflationnistes.

Risques de représailles

L’inflation a peut-être atteint un sommet aux Etats-Unis, mais l’interventionnisme a encore de beaux jours devant lui. Les droits de douane imposés par Donald Trump sur les importations d’acier et d’aluminium – que M. Biden n’a pas supprimés – ont rendu les coûts de l’acier aux Etats-Unis les plus élevés au monde. Cela signifie que les coûts de production augmentent dans toutes les industries qui utilisent de grandes quantités d’acier (constructeurs automobiles, etc.). Pendant ce temps, les producteurs américains de véhicules électriques bénéficient de subventions et d’allégements fiscaux. Subventions qui peuvent même être dangereuses, car elles peuvent encourager le favoritisme, voire la corruption pure et simple.

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