Le Pakistan expulse des milliers de réfugiés : « Je retourne en Afghanistan, où je n’ai personne, seul Dieu pourra m’aider »

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Des policiers pakistanais arrêtent des migrants en situation irrégulière, dans un quartier de Karachi, le jeudi 2 novembre 2023.

Mohammad Asif a accouru à la première heure, mercredi 1er novembre, dans une école du quartier Al-Asif Square, située à Sohrab Goth, la banlieue de Karachi, qui abrite de nombreux Afghans. Ce père de six enfants, pourtant né sur cette terre, paraît complètement affolé. Il ne détient pas les papiers réclamés par les autorités pour rester au Pakistan. Son père y a migré en 1981 avant d’y revenir en 2001. Mohammad, lui, avait été enrôlé dans les forces de sécurité, jusqu’au retour des talibans en août 2021, qui lui ont tiré plusieurs balles dans les jambes et le bras. Il possède un document officiel témoignant de son travail, mais il reste sans carte de résidence. « Si je retourne en Afghanistan, les talibans me persécuteront », affirme-t-il.

La veille, la police a annoncé par haut-parleurs dans tous les quartiers afghans de Karachi que les migrants sans papiers seraient arrêtés d’ici le 1er novembre, minuit, placés en centre de rétention, puis expulsés. Islamabad a décidé abruptement, le 3 octobre, de se débarrasser des citoyens étrangers « illégaux », des réfugiés pour l’essentiel venus de l’Afghanistan voisin par vagues successives au gré des guerres, de l’invasion de l’Union soviétique en 1979, jusqu’au retour des talibans en août 2021. Des millions d’hommes, de femmes, d’enfants ont été accueillis sans jamais être naturalisés. Le gouvernement estime que sur les 4 millions d’Afghans vivant au Pakistan, 1,7 million sont sans papiers. Plus de 600 000 ont franchi la frontière rien qu’en août 2021, faisant du Pakistan l’un des premiers pays d’accueil de réfugiés dans le monde.

L’ultimatum a expiré le 31 octobre et les autorités ont ouvert quarante-neuf centres de rétention dans tout le pays, dont deux à Karachi, la capitale économique du Pakistan et la plus grande ville du pays, avec ses 20 millions d’habitants.

« On vit la peur au ventre »

Comme Muhammad, des centaines d’Afghans ont afflué dans l’école d’Al-Asif Square pour tenter de régulariser leur situation. Toute la journée, les hommes sachant écrire ont rempli à la chaîne des formulaires pour les illettrés. De nombreux réfugiés sont détenteurs d’une carte de résidence, mais celle-ci a expiré en juin, faute d’avoir été renouvelée par les autorités. Haji Abdullah Bukhari, le chef de la communauté, a négocié avec les officiels locaux de leur laisser une journée de répit pour déposer une demande de renouvellement.

Syed Mustafa, 62 ans, enseigne dans l’école. En 1981, il était étudiant en médecine à Kaboul, quand la guerre a commencé. Avec sa famille, il a pris le chemin du Qatar, puis du Pakistan. Voilà quatre décennies qu’il s’est installé à Karachi. « On vit la peur au ventre d’être renvoyés depuis le premier jour de notre arrivée. Nous n’avons plus rien en Afghanistan, ni famille, ni propriété, ni connexion avec la société. Nous sommes des étrangers désormais dans notre propre pays. La seule option pour nous est de continuer à vivre au Pakistan. »

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