Laurence Nardon  : « Dans une continuité avec Trump, les “Bidenomics” renforcent un protectionnisme américain tout à fait assumé »

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Au lendemain de la crise des subprimes de 2007-2008, la colère populaire contre les inégalités sociales croissantes aux Etats-Unis s’était traduite aussi bien à droite, avec l’agitation réactionnaire des Tea Parties, qu’à gauche, avec la contestation étudiante du mouvement Occupy Wall Street. Arrivé au pouvoir en janvier 2021, quinze jours après un assaut inédit des partisans de Donald Trump contre le Capitole, Joe Biden s’est donné pour mission de redonner aux classes moyennes américaines les moyens d’une ascension sociale, afin d’ôter toute raison d’être à leurs tentations populistes.

Son administration a ainsi entamé un changement de politique économique radical, dont l’élément principal est le retour d’un Etat interventionniste. Comme l’annonçait sans ambiguïté son conseiller Jake Sullivan dans un article paru dans Foreign Policy en février 2020 appelant à dépasser le néolibéralisme : « L’Amérique a besoin d’une nouvelle philosophie économique. »

Cette nouvelle politique combine plusieurs grandes lois votées en 2021 et 2022 : l’American Rescue Plan, l’Infrastructure Investment and Jobs Act, le Chips and Science Act et l’Inflation Reduction Act. S’y ajoutent un certain nombre d’actions exécutives engagées depuis lors. Présentées de manière synthétique dans le rapport de la Maison Blanche « Bidenomics Is Working » (« Les lois économiques de Biden fonctionnent »), publié le 28 juin, les « Bidenomics » ont d’abord poursuivi la relance économique post-Covid-19 entamée par Trump au printemps 2020. Elles ont ensuite engagé une vaste remise à niveau des infrastructures du pays, lancé une transition écologique centrée sur le passage à la voiture électrique, et organisé un soutien massif à la recherche et au développement, privilégiant le développement des semi-conducteurs.

Dette publique délirante

Dans une continuité avec Trump, les « Bidenomics » renforcent par ailleurs un protectionnisme tout à fait assumé, visant à faire revenir les emplois industriels aux Etats-Unis et à entraver la concurrence technologique de la Chine. D’autres marqueurs d’une politique économique de gauche sont également présents, tels que le soutien aux syndicats, très net cet automne avec la grève des employés de l’industrie automobile, et la lutte contre les monopoles qu’exercent les géants de la tech (des procès contre Google et Amazon ont débuté en septembre).

Alors que la campagne présidentielle pour 2024 est lancée, les choix et les résultats économiques de Biden font l’objet de contestations de provenances très différentes. Les responsables de la gauche du Parti démocrate, tout d’abord, se font discrets sur leurs critiques, même s’ils regrettent des réformes inabouties sur la réduction de la dette étudiante et la mise en place d’une fiscalité plus égalisatrice. De leur côté, les élus trumpistes attaquent l’administration tous azimuts, mais restent en réalité d’accord avec le principe d’un Etat fort et protectionniste.

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