« La vente de Rafale à l’Arabie saoudite serait un succès par défaut pour l’avion tricolore dans la concurrence impitoyable des marchands d’armes »

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Un Rafale sur la base aérienne de Fetesi, à Borcea, en Roumanie, le 19 octobre 2023.

L’Arabie saoudite achetant des avions de combat français, ce serait une importante prise de guerre économique pour Dassault Aviation et un coup politique pour la France. Le royaume wahhabite envisage d’acquérir 54 Rafale et demande à l’avionneur de lui faire une offre chiffrée avant le 10 novembre, révélait La Tribune Dimanche du 22 octobre, des « discussions » confirmées par le ministre des armées, Sébastien Lecornu, sans plus de précisions.

Il y a un « moment Rafale », se félicitait, fin août, le PDG du constructeur, qui a dû attendre la commande égyptienne (en 2015) pour exporter ses premiers exemplaires. Eric Trappier se dit convaincu que l’avion omnirôle (défense aérienne, reconnaissance, dissuasion nucléaire, lutte antinavire…) est une alternative aux appareils américains et russes. Au point de donner la « priorité » à la cinquième génération de Rafale prévue en 2030, reléguant au second plan le système de combat aérien du futur mené dans le cadre européen avec l’allemand Airbus Defence and Space et l’espagnol Indra.

Au cinquième rang mondial des acheteurs d’armements

Une vente à Riyad serait d’abord un succès commercial. Moins important que les 80 avions acquis par les Emirats arabes unis, certes, mais de même ampleur que les commandes de l’Egypte et de l’Inde qui finalise actuellement l’achat de 26 appareils supplémentaires. Riche de ses pétrodollars et dotée d’un budget de défense de 70 milliards de dollars (66 milliards d’euros) en 2022, en progression pour la première fois depuis 2018, l’Arabie saoudite figure au cinquième rang mondial des acheteurs d’armements.

L’opération renforcerait aussi le choix stratégique du général de Gaulle au début de la VRépublique : un modèle d’armée complet reposant sur une industrie capable de lui fournir la quasi-totalité de ses équipements. Les industriels ne pouvant vivre des seules commandes nationales, il implique d’importantes exportations de matériels militaires. Le Rafale remplit ce rôle, puisque, sur 453 commandes, les 261 livraisons à l’étranger dépassent celles de l’armée de l’air et à la marine françaises.

Enfin, ce serait un succès politique de Paris face aux Etats-Unis – et surtout face à l’Europe. L’aviation saoudienne est équipée de Boeing F-15, d’Eurofighter Typhoon européens et de Tornado britanniques. Elle se rabat probablement sur le Rafale faute de pouvoir acquérir 48 Typhoon en raison du veto allemand. Sous la pression des Verts, qui accusent Riyad de crime de guerre au Yémen, le chancelier Olaf Scholz a dû s’opposer à cette vente. Un succès par défaut pour l’avion tricolore dans la concurrence impitoyable des marchands d’armes.

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