En Tunisie, les députés planchent sur une loi pour criminaliser la « normalisation » avec Israël

0 Shares
0
0
0
Manifestation propalestinienne à Tunis, le 21 octobre 2023.

Les Tunisiens accusés d’avoir des relations avec l’Etat d’Israël, ses sociétés ou ses citoyens, seront-ils bientôt passibles de la prison à perpétuité ? C’est ce que prévoit une proposition de loi adoptée le 24 octobre par la commission des droits et libertés de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP). Le texte doit être examiné en séance plénière jeudi 2 novembre.

L’initiative est lourde de sens alors que le pays est traversé par une vague de solidarité avec les Palestiniens. Le chef de l’Etat tunisien, Kaïs Saïed, n’a jamais caché son hostilité au « sionisme » dont l’objectif est, selon lui, d’« exterminer le peuple palestinien ». Le 12 juillet – avant même l’attaque du Hamas et la riposte israélienne à Gaza –, une quinzaine de députés qui soutiennent le président avaient déposé une première proposition de loi. Un texte durci, à la faveur de la guerre, par les parlementaires de la commission des droits et libertés de l’ARP.

La nouvelle version prévoit ainsi une peine allant jusqu’à douze ans de prison contre toute personne de nationalité tunisienne qui entretiendrait des relations avec « l’entité sioniste (…) qui se fait appeler Israël ». En cas de récidive, la peine prévue est la prison à vie. La « normalisation » ainsi criminalisée recouvre toute forme de communication, coopération ou relations commerciales « délibérées », de manière « directe ou indirecte », avec des personnes physiques ou morales israéliennes, à l’exception des Palestiniens ayant la nationalité israélienne.

Alors que l’armée israélienne continue de pilonner la bande de Gaza, les appels à criminaliser ces relations se sont multipliés en Tunisie. Souvent scandé lors des manifestations de soutien à la cause palestinienne, le slogan « Le peuple veut la criminalisation de la normalisation » est aussi repris par une partie de la classe politique et des organisations de la société civile.

Haute trahison

Depuis l’attaque du 7 octobre du Hamas dans le sud du pays et l’offensive militaire israélienne dans la bande de Gaza, les appels à manifester contre Israël et les pays considérés comme alliés – particulièrement la France, les Etats-Unis et l’Allemagne – ou à boycotter des marques ou des produits liés à l’Etat hébreu sont quotidiens en Tunisie où la cause palestinienne revêt une importance majeure pour une grande majorité de la population.

A rebours des différents processus de normalisation des relations diplomatiques entre Tel-Aviv et plusieurs pays arabes, notamment avec les accords d’Abraham en 2020, le président tunisien Kaïs Saïed et une grande partie du spectre politique tunisien considèrent que cette « normalisation » relève de la haute trahison.

Il vous reste 65% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

source

0 Shares
Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You May Also Like