« Migrants, les failles de l’Europe forteresse », sur Arte : quand l’Europe gère la crise migratoire avec des murs, des centres de rétention et des gardes-frontières

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Le mur à la frontière turco-iranienne, financé par l’Union européenne, dans le documentaire « Migrants, les failles de l’Europe forteresse » (2022), réalisé par Fabrice Launay.

ARTE – MARDI 31 OCTOBRE À 22 H 30 – DOCUMENTAIRE

Pour contenir les vagues migratoires, l’Union européenne (UE) se protège à sa manière. Fermer ses frontières pour éviter que des masses de réfugiés afghans, syriens, libyens ou venus d’Afrique subsaharienne fuyant la guerre et la misère ne déferlent ? Aucune forteresse de cette envergure ne pouvant être totalement étanche, cela ne servirait pas à grand-chose.

En dépit des évidences, l’idée d’Europe forteresse semble être à la mode au sein de l’Union. En Hongrie, Pologne, Italie, Suède ou Danemark, par exemple. Sans oublier les pays (Autriche, Slovaquie, Grèce) qui demandent une forte augmentation du budget consacré à la protection des frontières.

Alors, depuis une décennie, l’Union européenne multiplie les initiatives censées protéger son espace : en finançant des murs et des centres de rétention, parfois loin de ses frontières. Ou en multipliant par quatre le budget de Frontex, l’agence européenne de gardes-frontières.

Le « sale boulot »

Mais surtout en externalisant sa politique migratoire, à travers des accords conclus avec des pays n’appartenant pas à l’UE, mais prêts, moyennant finances, à faire le « sale boulot ». Autrement dit à arrêter, enfermer et éventuellement renvoyer chez eux les candidats à l’eldorado européen, loin des frontières de l’UE. Ralentir l’afflux en amont, mais à quel prix ?

Le documentaire Migrants, les failles de l’Europe forteresse, de Fabrice Launay et Sebastian Perez Pezzani ne se contente pas de souligner l’hypocrisie et les dangers de cette politique d’externalisation. A travers des exemples concrets, notamment en Turquie et au Niger, on mesure combien l’Union européenne risque gros en externalisant sa politique de protection des frontières.

L’exemple de l’accord passé avec la Turquie est édifiant. Fin 2015, l’UE débloque 3 milliards d’euros pour que les Turcs empêchent les migrants de passer en Europe. Un article stipule que l’UE doit, pour soulager la Turquie, accepter sur son sol un million de réfugiés (notamment syriens) en quatre ans. Au cours des douze mois précédant cet accord, un million de personnes avaient atteint la Grèce en provenance de Turquie. Dans les douze mois qui suivent l’accord, ils ne seront que 26 000 à fouler le sol grec. Pari gagné pour l’Europe forteresse ?

En 2016, lors des répressions organisées par le président Erdogan dans son pays, l’UE estime qu’elle n’a plus à honorer sa promesse d’accueillir sur son sol les réfugiés passés par la Turquie. Les Turcs s’estiment trahis. Mais profiter d’Erdogan comme garde-frontière est bien pratique. Bruxelles rajoute alors 3 milliards d’aide à la Turquie, qui accueille près de 4 millions de réfugiés sur son sol.

Dans son rôle de garde-frontière, Erdogan possède un moyen de pression évident sur l’UE qui, au prix de contorsions sur le droit d’asile, parvient à contenir l’afflux de réfugiés. Grâce à la Turquie, l’Europe a, en quelque sorte, déplacé sa frontière orientale. Pour combien de temps ? En 2022, violant le droit international, Ankara a renvoyé 45 000 Afghans à Kaboul. Retours forcés dont l’UE se lave les mains.

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Cette stratégie d’externalisation se retrouve jusqu’au Niger. Traditionnel centre de transit d’immigrés venus de toute l’Afrique subsaharienne, la ville d’Agadez est devenue le terminus des espérances. Sur place, un centre de transit accueille des réfugiés. Bruxelles le finance, mais impose une condition : que les malheureux promettent de rentrer dans leur pays d’origine. Aussi absurde que cruel.

Migrants, les failles de l’Europe forteresse, de Fabrice Launay et Sebastian Perez Pezzani (Fr., 2022, 52 min). Sur Arte.tv jusqu’au 4 février 2024.

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