« L’espace pour les juifs américains critiques d’Israël s’est rétréci »

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Comment jugez-vous la réaction de la société américaine face au conflit entre Israël et le Hamas ?

Dès le début, il y a eu énormément de sympathie pour Israël. Au soutien traditionnel s’est ajoutée l’atrocité de l’attaque ; le fait qu’elle ait visé des femmes, des enfants, des personnes âgées. Il ne s’agissait pas d’une opération militaire. La perte de vie, la torture n’étaient pas un dommage collatéral mais faisaient partie de l’objectif.

Et dans la communauté juive américaine ?

Beaucoup ont eu du mal à accepter l’absence d’empathie dans certaines réactions parmi leurs concitoyens, l’absence de reconnaissance de la spécificité de ce qui s’est passé le 7 octobre. D’autant plus que de nombreux juifs aux Etats-Unis sont eux-mêmes très critiques à l’égard du gouvernement israélien actuel : sur les politiques néocoloniales en Cisjordanie, le refus d’évoluer vers une solution à deux Etats, et aujourd’hui sur le fait qu’il n’ait pas de stratégie cohérente et qu’il ait agi par haine plutôt qu’en réfléchissant à la situation.

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Ceux-là ne voient pas vers où se tourner. Des gens de gauche, qui considéraient jusque-là le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, comme une menace pour la démocratie israélienne, se sentent maintenant poussés vers ce gouvernement maudit. L’espace pour les juifs américains critiques de la politique israélienne s’est rétréci.

Qu’en est-il sur les campus ?

Les étudiants juifs ont le sentiment d’avoir été abandonnés par les dirigeants des universités, qui ont pour la plupart tardé à réagir. Ils ont publié des déclarations molles, ne reconnaissant pas que les attaques étaient un événement traumatique : un 11-Septembre et non une crise de plus au Moyen-Orient. A Berkeley, beaucoup de juifs ont le sentiment qu’on a laissé passer non seulement un certain antisionisme, mais un certain antisémitisme.

De l’autre côté, les étudiants propalestiniens ont eux aussi l’impression d’être mal compris, peu respectés, peu protégés contre les menaces de groupes de droite ou d’employeurs qui refuseraient de les embaucher en raison de leurs positions.

Vous parlez d’antisémitisme. Avez-vous des exemples ?

La semaine dernière, une enseignante, assistante dans une classe d’études américano-asiatiques, a proposé aux étudiants de gagner des points s’ils participaient à une manifestation contre la colonisation et l’occupation de la bande de Gaza, ou s’ils regardaient un documentaire propalestinien et contactaient leurs élus pour en parler. L’université a réagi assez rapidement et rappelé que cela ne correspondait pas à sa politique, mais cela donne une idée de l’état d’esprit sur le campus. Il existe une matrice dans les universités qui rend plus facile la position des propalestiniens. Et cette matrice se situe dans une perspective tiers-mondiste : il y a d’un côté les colonisateurs blancs et de l’autre les victimes de couleur. Il y a l’apartheid et les victimes de l’apartheid. C’est simple, c’est clair. Les étudiants s’identifient aux victimes et veulent aider les victimes. Et, s’ils ne sont pas très conscients de la tragédie de l’histoire israélo-palestinienne, [défendre les victimes] est un slogan assez facile à saisir.

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